Grande librairie, petits écrivains (pas tous)

Publié le par Yves-André Samère

Le commentaire d’un lecteur m’a incité à télécharger l’émission de France 3 diffusée hier soir, La grande librairie. Et je suis partagé.

Le présentateur, d’abord, François Busnel. Il est loin d’égaler Bernard Pivot, modèle de simplicité, de bonhommie et de modestie ! Busnel se donne énormément de mal pour montrer combien il est cultivé, intelligent, et tout et tout. Résultat, il montre surtout qu’il est affecté, et cela ne pardonne pas, à la télévision. Passons.

J’estime que l’émission était mal conçue. Au contraire de la très regrettée Apostrophes, où l’on avait six invités qui se trouvaient présents dès le début sur le plateau et participaient à une conversation générale et souvent très animée, ici, ils arrivent les uns après les autres : Éric-Emmanuel Schmitt, puis Salman Rushdie, puis un enregistrement entre Rushdie et Paul Auster fait à New York, puis une jeune Marocaine qui n’avait rien à dire, puis un psy maboul, et enfin un astrophysicien d’origine vietnamienne qu’on aurait aimé entendre plus longuement, mais, arrivé le dernier, on ne lui a guère laissé de temps pour s’exprimer.

Évidemment, Rushdie dominait tout le monde, mais je ne veux pas insister, et comme je suis un esprit futile, je vais me concentrer sur un détail : à un certain moment, il a été question d’un roman de Tolstoï, Anna Karénine, dont la première phrase, traduite en français, est celle-ci : « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon ». Tilt ! Faute de français ! En effet, chacune est un singulier, leur sous-entend un pluriel. On doit donc écrire « Chacune à SA façon ».

Ce genre de traduction boiteuse est l’indice de la faiblesse des traducteurs actuels et de la disparition des correcteurs dans les maisons d’édition. Évidemment, cela ne frappe personne, puisque nul ne parle plus le français dans ce beau pays. Reste Pivot. Lisez le recueil de ses dictées, il y a tout.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

cacciarella 11/09/2016 12:18

Effectivement cette émission n'a rien à voir avec Apostrophe ou Bouillon de culture mais y en a pas d'autre , que je sache . Donc merci à la France 5 de nous la proposer ..

Yves-André Samère 11/09/2016 12:34

Oui, c’est la grande misère de la télévision de service public, il n’y a quasiment plus d’émissions culturelles. La télé d’aujourd’hui est faite pour plaire aux minus et aux arriérés mentaux.

DOMINIQUE 10/09/2016 23:24

L'émission de Pivot, qui en plus ne coûtait pas cher, faisait la place à quelque chose que l'on nommait autrefois "l'art de la conversation". Car, avec sa bonhommie, son enthousiasme sans fioritures pour la littérature, il savait aussi mettre en valeur les écrivains, en leur parlant simplement de ce qui faisait leur métier.
Je le reconnais, j'étais un terreau fertile concernant les livres. Il m'a confortée dans ce goût, d'autant qu'en famille nous n'aurions manqué sous aucun prétexte ses émissions... en première partie de soirée, si si, un rêve aujourd'hui !
Et puis, Pivot savait s'effacer devant ses invités. Ce n'était pas lui l'important, il ne voulait qu'une chose : mettre ses invités en valeur. Incongru de nos jours.

Yves-André Samère 11/09/2016 08:37

Eh oui, mais la conversation n’existe plus dans notre société. On l’a remplacée par la polémique perpétuelle (voyez les politiques qui passent leur temps à s’insulter) et par le “buzz”.