Renaissance de la bureaucratie soviétique

Publié le par Yves-André Samère

Depuis juin, je consulte une hématologue de l’Hôtel-Dieu, parce que les géniaux médecins de l’Hôpital Cochin, après mon opération d’un cancer le 16 février, m’ont prescrit un traitement massif de TRENTE injections d’anticoagulants. Génial, comme disent les lycéens, ce remède de cheval a détruit mon système de production de plaquettes – ces bidules qui empêchent théoriquement la formation de caillots dans le sang. On a toujours fait comme ça, paraît-il. Si bien que, désormais, susceptible de saigner comme un goret à la première estafilade, je ne pense plus en me rasant à ma prochaine élection présidentielle.

Le médecin dont je parlais plus haut a demandé une analyse de mon sang pour ce mois-ci, et j’ai tenté de la faire exécuter dans le même hôpital, l’Hôtel-Dieu par conséquent. Et là, parcours du combattant.

Acte 1 : aller à l’accueil des prélèvements sanguins. Vingt minutes d’attente, car il y a la queue. On me dit qu’il faut une étiquette à coller sur l’ordonnance. Je dois aller la demander à l’accueil du service.

Acte 2 : attente de vingt minutes à l’accueil du service. Je n’ai besoin que d’UNE étiquette, on m’en imprime... trente-trois. Au diable l’avarice.

Acte 3 : retour à l’accueil des prélèvements sanguins. Cette fois il n’y a plus personne, je n’attends donc pas. La préposée prend mon ordonnance et me remet en retour un carton portant la lettre V, par laquelle on doit m’appeler. V, tiens, ça me rappelle un film.

Acte 4 : retour dans la salle d’attente générale. Ça dure cette fois trois bons quarts d’heure, alors que seulement deux patients sont appelés. On leur a pompé tout leur sang ? Puis une Miss Dracula se pointe pour m’appeler. Enfin pour moi le retour à l’air libre ? Non, la fille me dit qu’on ne peut pas faire ces analyses si on n’a pas une lettre du médecin prescripteur. Tiens donc, un médecin exerçant dans cet hôpital ne peut pas prescrire des analyses sans joindre une lettre de sa main ? À quoi servent les ordonnances ? L’infirmière me dit qu’elle va partir à la recherche du médecin, mais ne trouve personne et me rend mon ordonnance devenue inutile. Je félicite Esculade pour ce retour à la bureaucratie soviétique.

Acte 5 : muni de mon ordonnance, je me rends dans un laboratoire d’analyses privé, où on ne me demande rien, mais... il faut être à jeun, depuis au moins douze heures. Pourtant, à l’Hôtel-Dieu, j’avais bien demandé si cela était exigé, or on m’avait assuré que non. Les gens du lieu ne connaissent même pas les exigences de la chimie organique.

Saint Staline, toi qui as été séminariste avant de devenir gangster, donne-leur ta bénédiction, ils ont bien assimilé tes leçons.

Publié dans Absurdités, Curiosités, Santé

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DOMINIQUE 08/09/2016 18:43

Ce genre de parcours de santé est dû à un entassement de mesures administratives que personne n'a le courage de rationaliser.
Entendu parler de ce collège marseillais dont les emplois du temps avaient été établis par un incompétent qui a fourgué, par exemple, 60 élèves dans le même cours d'anglais. Le proviseur s'en est aperçu le jour de la rentrée.Interviewé, il n'avait pas l'air gêné plus que ça.

Yves-André Samère 08/09/2016 18:46

Oui, Najat Vallaud-Belkacem a beaucoup amélioré le fonctionnement de son ministère. Il va falloir rappeler Claude Allègre.