Fausse manœuvre calculée ?

Publié le par Yves-André Samère

À défaut d’être digne, capable et cultivé, François Hollande passe pour intelligent. Dans ces conditions, on imagine bien la stupéfaction de ses partisans, au nombre desquels deux ou trois de ses ministres, confrontés à cette bourde majeure : leur patron, qui ne cesse de recevoir des journalistes et de leur déballer ses pensées, confiant à deux d’entre eux tout le mal qu’il pense des magistrats français. Reportez-vous à vos journaux habituels pour les détails.

Sans surprise, tollé chez les porteurs d’hermine, qui ont fait un tel foin que le maladroit a écrit un billet d’excuses. Mais le dérapage reste inexpliqué.

Eh bien, il existe peut-être une explication, mais je doute que vous la lisiez ou l’entendiez dans nos médias. Or il y a eu un précédent de la fausse manœuvre calculée, de la part de De Gaulle himself. Chacun sait que De Gaulle a démissionné au soir du 27 avril 1969, après l’annonce que le référendum qu’il avait proposé avait recueilli un non catégorique de ces ingrats de Français. Le peuple n’avait guère apprécié qu’il emploie son truc habituel : deux questions, une seule réponse. Il proposait donc un « projet de loi relatif à la création de régions ET à la rénovation du Sénat » – le terme « rénovation » signifiant « suppression », dans son esprit. Or les Français se fichaient autant de la création que de la rénovation, et, lassés, avaient envoyé le vieux général dans les cordes. Si bien qu’à minuit de ce jour-là, De Gaulle avait fait savoir qu’il démissionnait. Il quitta l’Élysée le lendemain, et ne se donna seulement pas la peine de se prêter à la traditionnelle passation de pouvoirs. Si bien que le président par intérim, Alain Poher, qui présidait justement le Sénat, ne le vit même pas ! Pour comble, et afin de ne pas voter pour l’élection de son successeur, Pompidou en l’occurrence, le beau joueur qu’était De Gaulle partit pour un long voyage touristique en Irlande...

Eh bien, il se trouva un ou deux journalistes pour affirmer que De Gaulle avait fait exprès d’inventer ce référendum alambiqué afin d’être certain de perdre, et d’avoir ainsi un prétexte pour partir. La thèse n’est pas complètement absurde ; elle était bien, en tout cas, dans le style de cet homme à l’esprit aussi compliqué que l’Orient (la formule est de lui : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples », avait-il écrit dans ses Mémoires de guerre). Certes, Hollande est moins compliqué que son lointain prédécesseur, mais il a peut-être tenté une imitation.

Quand je vous dis qu’un jour, il se produira au Point-Virgule ou au Café de la Gare !

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