Les deux imposteurs : 1B - De Gaulle

Publié le par Yves-André Samère

Dirigeant à distance son parti politique, le RPF (il ne venait à Paris qu’une fois par mois), De Gaulle téléguidait ses députés en vue de sabrer les gouvernements successifs de la Quatrième République. Et la guerre d’Algérie allait lui fournir l’occasion qu’il attendait depuis si longtemps. Il ne fallait pas compter sur les Français de métropole, qui l’avaient oublié : à cette époque, dans les cabarets, son nom à lui seul faisait rire le public des chansonniers ! En revanche, il y avait les Français d’Algérie, confrontés à une guerre d’indépendance qui n’osait pas dire son nom, commencée par l’assassinat d’un instituteur de campagne le 1er novembre 1954, et qui, jusqu’à la fin, resta qualifiée du terme vague d’« évènements ». Ces Français-là, inquiets par la perspective de devoir être rejetés à la mer par une communauté arabo-musulmane à laquelle on avait presque tout refusé sur le plan politique et social (la situation de l’enseignement en Algérie était une honte), auraient soutenu n’importe quel « homme providentiel » qui leur aurait promis que leur Algérie resterait française. De Gaulle, personnellement, se fichait bien de l’Algérie française, mais ce train-là valait bien d’être pris en marche.

Il résolut donc d’utiliser les Français d’Algérie comme marchepied dans son ascension vers le Pouvoir. Et, comme précédemment, il se servit de ses partisans afin de jeter un peu d’huile sur le feu. Cela fonctionna admirablement, et la population française d’Algérie ne tarda pas à réclamer « le recours au général De Gaulle, seul capable, etc. ». Il y eut des manifestations en ce sens à Alger, orchestrées par les néo-gaullistes, militaires et civils, et jusqu’à un ethnologue célèbre, Jacques Soustelle, plus un général, Jacques Massu, très apprécié de la population pour sa victoire dans la « bataille d’Alger », où il avait fait reculer le terrorisme, grâce à des méthodes assez musclées qu’on lui a beaucoup reprochées par la suite.

Si bien que le président de la République, René Coty, se résigna à remplacer le Président du Conseil, René Pflimlin, par Charles De Gaulle, le 1er juin 1968. Ce ne fut que la première étape, suivie par une tournée triomphale du nouveau Président du Conseil (on ne disait pas encore « Premier ministre ») : Alger le 4 juin avec son célèbre « Je vous ai compris ! », le 5 à Constantine, le 6 à Oran, avec un épilogue dans la petite ville de Mostaganem, où le grand homme conclut son discours par un « Vive l’Algérie française ! » qu’on n’ose plus évoquer de nos jours ! De Gaulle mettait ainsi les Français d’Algérie dans sa poche. Mais il n’allait pas les y garder longtemps.

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