Pas malin, le « Malin » !

Publié le par Yves-André Samère

Du Front National, on parle souvent de sa diabolisation. Ou de sa dédiabolisation, selon le camp où l’on se place. De quoi en conclure que les journalistes qui manient ce cliché croient à l’existence du Diable, personnage mythique dont seul, parfois en Occident, un pape un peu rétrograde le cite comme source de tous nos maux. Quoique, à vrai dire, les papes, qui sont plutôt cultivés, ne sont pas bêtes au point de croire à cette fadaise, et je les soupçonne de faire monter la mayonnaise afin de soutenir leur petit commerce, depuis que la vente des indulgences est un peu tombée en désuétude. Salaud de Luther.

Le plus amusant, c’est que le Diable n’est présent que dans les trois religions monothéistes, celles issues de la Bible et que dénonce Michel Onfray : judaïsme, christianisme, islam. Il est totalement inconnu des religions orientales (les hindouistes, qui ont des milliers de dieux, les bouddhistes, les jinistes, les shintoïstes, les anciens Égyptiens, les Océaniens, les populations d’Amérique centrale, tous ignorent le Diable). Mais, en Occident, on remarque aussi que les trois civilisations dont nous sommes les héritiers (les Grecs, les Romains et les Celtes – dits « Gaulois » chez Sarkozy) n’ont jamais non plus compté le Diable dans leur folklore religieux.

Religieux ? Politique aussi, et souvent. Ronald Reagan, acteur de second ordre mais devenu président des États-Unis, avait qualifié l’U.R.S.S. d’« Empire du Mal », tandis qu’en Iran, l’ayatollah Khomeiny affirmait que les États-Unis incarnaient « le Grand Satan ». Et, en Algérie en 1992, on a entendu Ali Benhadj, adjoint du chef du Front islamique du Salut, déclarer que « tout parti qui s’éloigne des préceptes de Dieu, du Coran et de la Sunna représente le parti du Diable ». Voilà que le Diable a un parti politique à sa botte ! 

Au fait, ce nom, Satan, d’où vient-il ? De l’arabe chitan. Et, malgré ce qu’on en dit souvent, il ne fait pas partie de ce que nous ont légué les Juifs, car l’Ancien Testament ne l’identifie pas à la source du mal : depuis le Livre de Job, il est le serviteur de Dieu. De plus, il n’est mentionné nulle part que le fameux serpent qui parle et qui a incité Ève à manger du fruit défendu était le Diable : ça, c’est une pure interprétation. Inventé au sixième siècle avant notre ère par Zoroastre, « prophète » persan, il ne devint l’ennemi de Dieu que dans le Livre d’Enoch, qui ne fait pas partie de la Bible, au troisième siècle avant notre ère.

Le Diable collectionne les noms : outre Satan, il est Belzébuth, Melchisédech, Lucifer (curieux nom, puisqu’il signifie Porteur de la Lumière, rien qui évoque le Mal, par conséquent, et qui a d’abord servi à désigner... Jésus), Bélial, Méphistophélès, Iblis, Chaytan. Souvent, on le surnomme « le Malin », et c’est là que je ne résiste pas à le vanner un peu. Car, dans l’épisode où Jésus se retira au désert (Évangile de Luc, chapitre 4, versets 1 à 13), il resta sans manger pendant quarante jours. Or le Diable lui apparut, lui proposa de changer une pierre en pain, ce que Jésus refusa, puis lui offrit « tous les royaumes de la terre » s’il consentait à l’adorer, lui, le Diable, ce que Jésus repoussa également. Sachant que Jésus, non seulement avait des relations haut placées, mais était aussi de très bonne famille, il devait être bien stupide, ce Diable, pour offrir tout cela à quelqu’un qui, capable de pardonner au lépreux et de ressusciter la femme adultère, aurait su les obtenir par lui-même.

Le « Malin » était-il si malin ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

cacciarella 22/10/2016 23:46

Ni diable ni saints et Dieu facultatif . Cela me rappelle une réflexion lue chez Raphaël Enthoven :-- En somme, à tes yeux, la philosophie ne croit pas en Dieu ?-- Elle s'en fiche comme d'une poire ! Elle veut juste savoir à quel désarroi correspond le besoin de croire en lui .

Yves-André Samère 23/10/2016 09:19

Exactement ! J’aime bien Raphaël Enthoven, mais j’aime encore davantage son fils Aurélien. À quinze ans, il est bien parti pour devenir un savant et un polémiste qui a les pieds sur Terre.

cacciarella 22/10/2016 17:40

Donc , il n'y a pas de diable dans la religion juive ? Et , pour les saints et le paradis , ça ne marche que chez le cathos ?

Yves-André Samère 22/10/2016 22:44

Ni diable ni saints chez les Juifs. Quant à Dieu, Einstein disait qu’ils n’étaient pas obligés d’y croire. Lui-même n’y croyait pas. Mais les musulmans croient au paradis, et ils ont leurs saints, mais qu’ils préfèrent qualifier de “prophètes”.

Kotec 20/10/2016 17:47

Juste quelques mots pour vous signaler une série ( US bien sûr !) qui a pour titre : "Lucifer"
Assez drôle et déjantée, elle se laisse regarder.
Je vous laisse chercher les fichiers ......
Bye

Yves-André Samère 21/10/2016 12:16

Merci, j’ai trouvé.