Les États-Unis, vus sans œillères

Publié le par Yves-André Samère

Aujourd’hui, j’ai vu Snowden, le dernier film d’Oliver Stone. D’Edward Snowden, j’ai toujours dit qu’il était un héros, et je le place bien plus haut qu’Obama, qui a tenté de le faire embastiller pour avoir dit la vérité sur l’espionnage auquel se livrent les États-Unis ; bien plus haut que cette ignoble Hillary Clinton, qui a prétendu qu’il avait VOLÉ des secrets d’État (et je me réjouis qu’elle ait perdu l’élection à la présidence, ce qui n’implique pas que je me réjouisse de voir un fou dangereux occuper la place convoitée) ; et bien plus haut que Poutine, qui lui a octroyé un droit d’asile de trois ans à Moscou, car on sait bien pourquoi il a fait ça.

Je ne vais pas faire ici la critique du film, mais je vais en citer deux passages presque identiques, qui montrent Snowden passant des tests afin d’être admis, lui le patriote pas encore converti à cette vérité que nous connaissons tous – que les États-Unis ne sont PAS le pays de la liberté, horrible imposture dont sont gavés tous les citoyens de ce pays –, passant des tests, donc, qui doivent décider s’il sera ou non admis dans les Marines d’abord, à la CIA ensuite. On lui pose par conséquent une série de questions, et il doit y répondre en étant branché sur un détecteur de mensonges. Et l’une de ces questions est celle-ci : « Pensez-vous que les États-Unis sont le plus grand pays du monde ? ». À quoi, aux trois réponses possibles, la réaction est évidente : si vous dites que non, vous êtes automatiquement éjecté, et si vous répondez que oui en pensant le contraire, vous êtes automatiquement éjecté, mais par le détecteur de mensonges. Ne reste donc que l’éventualité de répondre oui en étant sincère, c’est-à-dire idiot.

Snowden répond sincèrement que oui, les États-Unis sont le plus grand pays du monde. À ce stade, il n’est pas idiot, c’est un esprit supérieur, mais dupé par la propagande incessante qui sévit dans le pays. En fait, à cette époque, Snowden est plutôt de droite. Il n’a pas encore pris conscience que le plus grand pays du monde a perdu toutes ses guerres depuis 1945 ; qu’au Vietnam, il s’est fait battre par des paysans armés de bâtons ; et qu’à l’issue de la Deuxième guerre mondiale, il a embauché un scientifique, Werner von Braun, ayant conçu pour Hitler les fameux V2, ces fusées qui semaient la mort à Londres, afin de le faire travailler pour la recherche aérospatiale, et recruté les médecins japonais qui menaient, dans l’Unité 731, à Harbin, en Mandchourie, les horribles expériences sur les prisonniers vivants, devant permettre à l’Oncle Sam de fignoler ses recherches sur la guerre bactériologique : certains cadres de de ce sinistre centre de recherches furent même intégrés dans l’armée des États-Unis, afin de poursuivre des recherches du même ordre, à Fort Detrick, en profitant de « l’avancée technique » des Japonais en vue d’éventuels conflits futurs. Et, cerise sur le gâteau, Snowden ignorait probablement qu’aux États-Unis, on a pratiqué, jusqu’en 1972 – et donc neuf ans après la mort de Kennedy – la stérilisation forcée de certaines catégories de la population : épileptiques, malades mentaux légèrement ou gravement atteints, et toutes sortes de personnes jugées « inaptes à la reproduction ». L’État de New York possédait un Bureau des Études Eugéniques, à Long Island, dirigé par le docteur Harry Laughlin, qui avait sous ses ordres des centaines d’enquêteurs chargés de dépister les « familles à problèmes ». Biologiste éminent, le docteur Laughlin fut chargé en 1924 de rédiger le projet de loi qui allait être soumis à la Cour Suprême, et qui imposait la stérilisation de force aux aveugles, aux sourds, aux infirmes, aux alcooliques, aux drogués, aux tuberculeux, aux syphilitiques, aux lépreux, aux criminels, aux faibles d’esprit, aux pauvres, aux sans-abri ! Non, je n’invente rien, je n’ai aucune imagination, et ces faits sont établis.

Charmant pays, qui mérite bien que ses citoyens chantent ses louanges, la main sur le cœur.

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