Participer

Publié le par Yves-André Samère

Je ne vais pas écrire tout ce que je pense d’Alain Rey, car je manquerais de place. Mais enfin, lorsqu’une chaîne de radio ou de télévision décide, environ une fois par an, de s’intéresser (un peu) à la langue française parce qu’il n’y a rien d’autre dans l’actualité, que croyez-vous qu’elle fait ? Elle appelle Alain Rey, qui ne se fait pas prier. Alain Rey, pour les questions de vocabulaire, c’est un peu comme Alain Minc ou BHL pour la politique, Hubert Reeves pour l’astronomie, Jacques Attali pour l’économie, Roberto Alagna pour le chant lyrique, ou un général quelconque afin de commenter la dernière guerre en cours, toutes personnalités qu’on invite parce qu’on... les invite. Un peu comme il y a des gens qui sont connus parce qu’ils sont connus. On ne pense jamais à renouveler un peu le cheptel.

Ce soir, donc, et comme on ne trouvait plus rien à dire sur la dinde, les huîtres, le champagne et le foie gras, France Inter faisait un pseudo-débat sur le vocabulaire, et Rey, naturellement, était présent. Or la première question par téléphone est venue d’une auditrice un peu naïve qui s’étonnait de ce que, naguère – comme elle le pensait –, on disait participer À quelque chose, mais elle avait cru remarquer qu’on disait de plus en plus fréquemment participer DE quelque chose. Donc, cher monsieur Rey, expliquez-moi pourquoi nos crétins de compatriotes font de plus en plus souvent cette faute.

Aussitôt, cette grande gueule de Rey embraye sur son sujet favori, qui est que la-langue-doit-évoluer, et se lance dans une interminable péroraison retraçant toute l’histoire de la langue française depuis l’Homme de Cromagnon, sans aucunement daigner répondre à la question qui lui était posée, ni rectifier l’erreur de l’auditrice en lui démontrant qu’il n’y avait aucune erreur !

Je vais donc le faire à sa place.

Le verbe participer possède trois sens, et qui ne datent pas d’avant-hier matin. Délabyrinthons :

① Il signifie Avoir part À quelque chose : Sarkozy participe aux progrès de la culture ; Cahuzac participe à l’éducation morale des citoyens ; Macron participe à la prochaine victoire du Front National ; Bolloré participe au développement de l’Afrique ; etc.

② Il signifie aussi, mais au sens figuré, Avoir une part morale dans quelque chose... Ce sens existait déjà au dix-septième siècle. Par exemple, dans l’Horace de Corneille, on peut lire « Participe à ma gloire au lieu de la souiller ». Vous noterez que le verbe est encore suivi de la préposition à.

③ Enfin, il signifie Tenir de la nature de. Et cette fois, le verbe est bien suivi de la préposition de. Ainsi, chez Boileau, on trouve cette maxime : « Le pathétique participe du sublime autant que le sublime participe du beau et de l’agréable ».

Si Rey avait plongé son nez dans un bon dictionnaire, par exemple le Littré, il aurait découvert de quoi rassurer son auditrice : la faute qu’elle suspectait n’existe pas !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Julien 30/12/2016 09:42

Ah ah ah, "gueule de Rey", j'ai bien ri, merci !!!

Yves-André Samère 30/12/2016 11:47

Au moins, mes vannes ne passent pas TOUTES inaperçues ! Et c’est moi qui remercie.