Avé, César, les violeurs te saluent !

Publié le par Yves-André Samère

Tiens ! L’opinion publique se réveille, avec quelques années de retard. Lorsque Polanski avait été arrêté en Suisse, et jeté en prison parce que la justice des États-Unis le réclamait, tout le monde, en France avait pris son parti sur le mode On-ne-peut-pas-mettre-en-prison-un-si-grand-artiste. Rappelons, à ceux qui vivaient à l’époque sur la planète Mars, que Polanski, à Los Angeles, avait drogué une gamine de treize ans, avant de la violer par derrière. Les faits ne sont pas contestables, puisqu’il avait avoué et dédommagé sa victime avec une très grosse somme d’argent – il avait les moyens. Coffré par la police, jugé et condamné à de la prison, il n’avait fait qu’une dizaine de semaines dans un pénitencier, avant d’obtenir du procureur une permission afin de réaliser un film en Europe (quel abruti, ce procureur ! Où donc recrute-t-on les magistrats, aux États-Unis ?). Bien entendu, une fois hors des États-Unis, le violeur en avait profité pour ne jamais revenir terminer sa peine. Et il n’était pas retourné à Hollywood recevoir son Oscar en 2002, pour The pianist.

Nul ou presque, en France, n’a jamais contesté que son statut d’artiste le mettait au-dessus des lois et lui garantissait l’impunité pour un crime. Seuls, votre (très humble) serviteur s’est permis de râler, mais vous savez ce que c’est : j’ai mauvais fond et je déteste le cinéma...

Or voilà-t-y pas que l’Académie des arts et techniques du cinéma, organisatrice des Césars, la semaine dernière, a jugé bon de le choisir, il y a une semaine, pour présider le 24 février la cérémonie des Césars, un peu hâtivement considéré comme l’équivalent de celle des Oscars à Hollywood. Et là, enfin, il y a eu des réactions.

D’abord, Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, sortant enfin de la léthargie officielle qui a caractérisé tout le quinquennat de ce pauvre Hollande, a jugé vendredi ce choix « surprenant et choquant, [...] qui témoigne, de la part de ceux qui ont décidé de le nommer président des Césars, d’une indifférence à l’égard des faits qui lui sont reprochés »... pendant que sa collègue Audrey Azoulay, ministre de la Culture, se dégonflait en s’abstenant de critiquer le même choix, qui appartient donc à l’Académie des César, pense-t-elle, ajoutant que « les faits en cause sont particulièrement graves. Mais ils sont aussi très anciens ». C’est vrai, ça : si demain je monte une association qui décide que Landru et le docteur Petiot étaient innocents, étant donné que leurs méfaits sont très anciens, on dira sûrement aussi que ce choix m’appartient.

Il y a eu également cette association féministe, Osez le Féminisme, qui, jeudi 19 janvier, a appelé à un rassemblement de protestation le jour des Césars devant la Salle Pleyel où ils doivent être remis.

On trouve encore sur Twitter un mot-clé, #boycottcesar, et une pétition circule depuis le 18 janvier sur change.org pour la destitution du violeur comme président des Césars, pétition ayant recueilli à ce jour 61 675 signatures. Il est vrai qu’une autre pétition, créée le 23, y réclame exactement le contraire, et a reçu... SIX signatures ! Un vrai plébicite en faveur du viol de mineurs.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

kotec 29/01/2017 17:18

Je suis sûr que Polanski dit "technologie" au lieu de "technique". C'est la preuve de ses turpitudes .

Yves-André Samère 29/01/2017 17:55

Mais ils le disent TOUS ! Je n’ai encore entendu personne qui soit conscient de dire une grosse bêtise. Cela vient des États-Unis, et tout ce qui vient des States est sacré (sauf les demandes d’extradition visant un violeur de gamine, bien sûr).

DOMINIQUE 25/01/2017 18:05

Ayant suivi cette histoire d'un oeil attentif, je peux vous dire que du côté des femmes, ça a chauffé. Sans contester son talent, le fait qu'il préside cette cérémonie n'est pas du tout du tout passé. Mais les gros beauf existent toujours, et sous certains articles de journaux qui ont annoncé le désistement de Polanski, de bonne vieilles réflexions rances bien misogynes.

Yves-André Samère 26/01/2017 08:49

C’est bien ce que je visais. Ce qui compte dans cette affaire, ce n’est pas que la victime a été une femme. C’est le viol qui est un crime.

DOMINIQUE 26/01/2017 07:27

Je pense que oui : un viol est un viol, les femmes y sont sensibles, en plus sur un enfant. Je pense aussi que les réactions médiatiques auraient été très différentes, à l'égard de Polanski. Beaucoup moins de personnes auraient osé le défendre...

Yves-André Samère 25/01/2017 22:31

On comprend l’indignation des femmes, mais... s’il avait violé un garçon, est-ce qu’elles se seraient indignées autant ? Je demande, c’est tout.