Des robots comme présidents

Publié le par Yves-André Samère

Avant-hier dimanche 15 janvier, on a révélé la mort de Paul Lombard. Ce grand avocat avait défendu en vain Christian Ranucci, qu’il croyait innocent – ce qui n’était pas le cas de ses autres avocats – devant les assises d’Aix-en-Provence, en 1976. Très probablement innocent, Ranucci n’en a pas moins été condamné à mort, et, sa grâce ayant été refusée par Giscard, alors président de la République, il a été guillotiné à la prison des Baumettes, à Marseille. Giscard, dans le premier tome de son livre Le pouvoir et la vie, publié en 1988, et à la fin du chapitre consacré à la peine de mort durant son mandat, a écrit cette ignominie : « En moi, rien ne bouge ». Voilà à quoi se réduisait son humanité. J’ajoute à cela que, par deux fois, il a fait jeter un homme innocent en prison, sans la moindre preuve : le grand photographe-cinéaste Raymond Depardon, pour l’horrible crime d’être allé interviewer sur place Françoise Claustre, otage que lui-même ne s’est pas donné le mal d’intervenir pour tenter de faire libérer, et d’avoir fait diffuser son reportage à la télévision ; et le journaliste-écrivain Roger Delpey, pour avoir publié un livre démontrant que Bokassa, stupidement accusé d’avoir « tué des enfants » de sa propre main, était innocent (en réalité, il s’agissait d’étudiants tués au cours d’une manifestation dont il n’était pas responsable, et Bokassa avait été innocenté par des enquêteurs africains, sur lesquels Giscard fit pression afin de leur faire modifier leur verdict).

Je comprends assez mal que les Académiciens aient admis Giscard dans leur aréopage, au lieu de le gifler puis de le jeter à la rue.

À vrai dire, sur le podium réservé aux présidents français dépourvus de toute humanité, on ne sait qui aurait occupé la plus haute marche, attendu que De Gaulle et Mitterrand ont été de sérieux concurrents. Mitterrand, pour avoir causé le suicide de trois hommes qui l’avaient servi fidèlement – Grossouvre, Guézou et Bérégovoy –, et sans avoir jamais prononcé un mot de compassion sur leur mort. Et De Gaulle, pour avoir très consciemment envoyé au massacre plusieurs dizaines de milliers de harkis, ayant refusé, au rebours de toutes les promesses qu’on leur avait faites, de leur donner refuge en France après les accords d’Évian qui les repoussaient dans le camp des traîtres à l’Algérie. En comparaison, Sarkozy, vantard et incapable, apparaît presque comme un brave type.

Français, si vous choisissiez de meilleurs présidents ? Cela vous épargnerait la honte d’être dirigés par des robots sans cœur.

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