Aussi grossière que son père ?

Publié le par Yves-André Samère

La polémique du jour, ou plutôt d’hier, consiste en ceci : en visite au Liban, la présidente du Front National devait rencontrer à Beyrouth un dignitaire musulman, le grand mufti de la République. Il avait été convenu qu’on la prierait de porter un voile, comme le font les musulmanes de ce pays.

À l’énoncé de cette exigence dont on pensera ce qu’on voudra, Marine Le Pen n’avait pas moufté, mais, au moment de se présenter à la visite, elle a annoncé qu’elle refusait de porter cet ornement. En somme, elle se comportait en grande féministe, défenseuse de la dignité des femmes.

Certes, certes, mais c’est du féminisme Canada Dry : un tiers de féminisme, un tiers de provocation, un tiers de publicité franco-française et un tiers de grossièreté (oui, je sais, mais, comme on dit au Bar de la Marine – justement –, « Ça dépend de la grandeur des tiers »).

Je n’ai lu aucun article sur cette question bouleversante, je n’ai entendu aucun commentaire, je n’ai vu aucune vidéo sur YouTube ou ailleurs, et je n’ai pas regardé la télévision. Mais je me doute bien qu’il doit y avoir des deux côtés pas mal de mauvaise foi et de sectarisme. Je vais donc plutôt parler de moi (« Non, sans blague ? », s’exclament mes lecteurs).

Des musulmans, j’en connais à la pelle, j’en ai reçu chez moi et j’ai rendu visite à pas mal d’entre eux. Et je peux citer deux petites histoires. Dans la première, je suis invité à déjeuner chez un ami, qui me prie d’attendre quelques instants à la porte, le temps qu’il envoie ses sœurs dans leurs chambres afin que je ne les croise pas dans le salon. Je ne pousse pas les hauts cris devant cette manifestation de méfiance qui me fait passer pour un obsédé sexuel, sachant que mon ami ne fait qu’appliquer une règle très répandue en pays musulman et qui n’est jamais qu’une vieille lubie religieuse : il n’est pas responsable de ce réflexe et ne fait que suivre une coutume locale. Après tout, je n’ai pas été pris en traître, et cette coutume idiote, je la connaissais déjà. Dans la seconde histoire, c’est moi qui invite à déjeuner chez moi un ami musulman, et je me garde bien de lui servir du porc ou de mettre du vin sur la table, même si, là encore, j’estime absurdes ces interdits alimentaires, décidés il y a plus d’un millénaire par un pseudo-prophète ignare et illettré.

Bref, il n’est pas si difficile de se montrer poli envers ceux dont on n’approuve pas forcément les idées, voire les fantasmes. Alors que rien ne vous oblige à les fréquenter. Marine Le Pen savait d’avance qu’elle devrait observer une coutume, elle aurait pu annuler sa visite, mais elle a préféré faire un peu de cinéma.

Pourvu qu’une fois élue à la présidence, elle ne s’attribue pas le ministère des Affaires étrangères ! Avec une diplomate de ce calibre, nous serons vite en guerre avec la moitié de la planète.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Cortas 25/02/2017 00:01

Vous avez cette expression, qui, comme de nombreux auteurs, nous laisse dans cet esprit de contradiction.

D'une certaine façon, vous avez tort, et d'une autre, totalement raison.

Le fin mot étant que c'est un quiproquo grotesque. Madame Le Pen, avait clairement mis en avant le fait qu'elle ne porterait pas de voile pour l'entrevue. L'indication a été donnée la veuille ... n'ayant pas de réponse négative ou même objective, elle appliqua la devise (qui l'arrange) du : "qui ne dit mots, acquiesce".
Ainsi dans l'esprit tordu de madame Le Pen, l'entrevue se ferait sans voile, ce qui n'était pas le cas pour le mufti. Ainsi ce grotesque malentendu, devint un nouveau sujet de presse.

C'est finalement devenu un nouveau prétexte de la part du FN pour se remontrer sur la scène, mais c'est surtout une moutardes qui monte mal au nez bien que forcée ...
Merci pour vos articles, je ne suis pas toujours forcément d'accord avec vous, mais vos articles me plaisent, vous aussi, ne vous inquiétez pas :).

Yves-André Samère 25/02/2017 08:38

Je n’ai pas eu connaissance de ce quiproquo, donc je ne pouvais pas l’utiliser dans mon compte-rendu. Ajoutons que je ne me suis pas référé au « sujet de presse », puisque je n’ai pas lu les journaux qui relataient cet incident. C’est ma réaction uniquement personnelle que j’ai transcrite. Mais je suis d’accord sur l’expression « esprit tordu » ! Et je ne m’inquiète pas des réactions de ceux qui lisent mes petits écrits, car elles sont en général très raisonnables, sauf exception. Merci, par conséquent.

cacciarella 23/02/2017 17:23

quand je me suis marié , en 1961 , je suis allé avec mon épouse voir les terres qui ont vu naître mon père à Rocca d'Arce , près de Monte Casino, entre Rome et Naples . Reçu dans ma famille; catho bien sur , Hé bien les femmes ,debout, nous servant, elles mangeant avant ou après, je ne sais pas !
Bref, un comportement ,je crois , semblable tout autour de la mer méditerranée et c'est pas une question de religion .

Yves-André Samère 23/02/2017 18:05

Oui, mais c’est surtout italien, je crois. Jamais constaté ça en Espagne. Quant aux pays arabes, les femmes restent à la cuisine, le plus souvent, et ne prennent pas place à table avec les hommes.

Eric 22/02/2017 10:57

Le comportement de madame Le Pen est d'autant plus étonnant qu'elle exige des étrangers qu'en France ils respectent les coutumes et usages locaux. Malheureusement cela n'a pas été rappelé dans les médias (dans ceux que j'ai lus ou écoutés au moins).

Yves-André Samère 22/02/2017 11:03

Eh oui... Mais les Français, surtout ceux du FN, sont tellement exceptionnels qu’on ne peut exiger qu’ils respectent la logique !