Un cliché qui a la vie dure

Publié le par Yves-André Samère

Aujourd’hui, la matinale de France Inter s’est terminée par un éditorial de Claude Askolovitch, journaliste assez connu, et son texte était d’une bonne tenue. Hélas, in cauda venenum, sa péroraison s’est achevée par un cliché ridicule : « Trente-trois ans, l’âge du Christ ».

Si vous me lisez de temps en temps, vous savez ce que je pense de cette triple imbécillité. Et si vous ne me lisiez pas, songez à ce qui suit.

D’abord, Jésus a toujours démenti être UN christ (nom commun, donc, pas de majuscule). Vérifiez dans les évangiles qu’il avait interdit à ses apôtres de le désigner ainsi. Car, pour justifier ce titre, il aurait dû être chef religieux ET chef politique, une double condition indispensable. Et il n’a été ni l’un ni l’autre. À son époque, aucun christ n’existait.

Ensuite, et à supposer que lui ait existé, aucun texte, laïque ou religieux, ne mentionne sa date de naissance ni son âge au moment de sa mort. D’où sort donc ce nombre, trente-trois, absent de la Bible ? Mystère. Mais les chrétiens semblent y tenir, comme à un nombre magique, comme ils tiennent aux 175 ans d’Abraham, aux 950 ans de Noé, et aux 969 ans de Mathusalem, qui sont de pures absurdités de nature superstitieuse.

Enfin, les dates de naissance et de décès de Jésus, toujours avancées, sont très imprécises, voire fausses, car, à cette époque, nul ne se préoccupait de ce genre de détail. Même Jeanne la Pucelle, quatorze siècles plus tard, ignorait sa date de naissance ! La date de départ du calendrier encore en vigueur a été décidée au sixième siècle, en se fondant sur des calculs faux. Les historiens, et jusqu’à l’ex-pape Benoît XVI, penchent pour -6 ou -7 ; quant à sa mort, la seule indication dans un évangile mentionne un 15 de nisân (calendrier juif) tombant un vendredi, ce qui ne laisse que deux possibilités, les années 30 et 32. Réunissez ces quatre dates probables, et jamais vous n’obtiendrez un écart de trente-trois ans !

Que la foule naïve gobe ce cliché, c’est presque normal. Mais de la part d’un journaliste, censé posséder un minimum d’instruction, c’est bizarre...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Denis 12/02/2017 22:39

Je ne comprends pas cette phrase : "aucun texte, laïque ou religieux, ne mentionne son âge au moment de sa naissance"... Ou alors je n'ai pas compris la phrase du tout !

Yves-André Samère 13/02/2017 06:16

J’ai corrigé cette erreur. Merci !