Les faits et les rois

Publié le par Yves-André Samère

L’enthousiasme militant n’est pas le critère de la vérité, et l’arithmétique permet de tempérer certaines affirmations en forme de bobard, répandues dans le public par des propagandistes et truqueurs patentés. Ainsi, le bon domestique qui porte le gilet rayé pour le compte de Fillon a pu affirmer aux manifestants de la Place du Trocadéro, avant-hier, « Vous êtes plus de deux cent mille ». Et un reportage diffusé par l’émission Quotidien a même montré qu’à un certain moment, son délire l’avait poussé jusqu’à en voir trois cent mille.

Or la police, qui a les moyens de mesurer les foules, rectifie : sur cette place, qui ne comprenait pas l’Esplanade du Trocadéro si j’en crois les photos, il ne pouvait pas y en avoir plus de quarante-cinq mille.

J’ai l’habitude de ces coups de pouce, et, par quatre fois au moins, j’ai démontré par le calcul que, de droite, de gauche ou venues du Ciel, les données chiffrées qu’on avait publiées étaient fausses :

- pour la manifestation de 2010 en faveur de Stéphane Guillon et Didier Porte, où je me trouvais car j’étais à l’époque un ami de l’un des deux, les journaux ont affirmé qu’il y avait eu deux mille manifestants. Je n’ai eu aucun mal à prouver que, sur cet espace exigu, on ne pouvait pas caser plus de quatre cents sympathisants ;

- pour la manifestation du Vatican lors de la canonisation de deux papes en avril 2014, on avait prétendu que cinq cent à huit cent mille personnes se pressaient Place Saint-Pierre et Via Della Conciliazione. Je n’avais eu aucun mal à démontrer que, pour faire tenir ne serait-ce que cinq cent mille personnes sur ces lieux qui mesuraient quarante mille mètres carrés, il aurait fallu les entasser à raison de douze ou treize par mètre carré ;

- pour la manifestation gaulliste du 30 mai 1968 sur les Champs-Élysées, tous les journaux y ont vu un million de manifestants. Très exagéré, et on comprend pourquoi. En fait, il n’y en avait même pas le dixième ;

- enfin , dans un domaine tout différent, j’ai fait litière du mensonge grotesque de la Mairie de Paris, qui argüait faussement que le poids des cadenas accrochés aux garde-fous de Pont-des-Arts était tel que le pont risquait de s’effondrer. Or ce poids avait été multiplié par dix, ou peu s’en faut.

Moralité : ne croyez rien sur parole, et vérifiez, même si cela bouscule vos convictions. Je ne sais plus où, mais on dit quelque part que les faits sont plus puissants que les rois.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 07/03/2017 16:40

Exactement comme la foule lors de l'investiture du canari de Manhattan. Les photos entre celle d'Obama et la sienne prouvent sans conteste que ses partisans étaient plutôt clairsemés en comparaison... mais cela ne l'a pas empêché de dire le contraire.

Yves-André Samère 07/03/2017 17:26

Mélenchon l’avait fait aussi, mais le Petit Journal (ancienne formule) l’avait démasqué.