Une impertinence de Pierre Bouteiller

Publié le par Yves-André Samère

Il ne s’est pas foulé, ce matin, Ivan Levaï. Oubliant que Mathieu Gallet, le président de Radio France, l’avait viré il y a deux ans pour cause de gâtisme (il y farcissait sa revue de presse du weekend par des chansons, un peu comme dans cette scène ridicule de Bellamy, le film de Claude Chabrol, où un avocat débutant défendait son client accusé de meurtre, non pas avec une plaidoirie, mais en chantant aux jurés une chanson de Brassens – il est vrai que la scénariste était... sa mère !), il a mis sa fierté dans sa poche afin de revenir raconter une anecdote sur le renvoi de Pierre Bouteiller d’Europe n° 1 en 1969.

La thèse sans cesse reprise par les médias est que ce renvoi a été causé par une « impertinence » de Bouteiller contre De Gaulle. J’apprécie beaucoup l’impertinence, jusqu’à la pratiquer moi-même, ce qui m’a valu de faire un peu de prison, ou plutôt de cellule (un réduit sans lumière, sans literie et sans chauffage, en plein hiver, où l’on m’enfermait à la tombée de la nuit). Mais enfin, Bouteiller ne s’était pas moqué de De Gaulle, et je reproduirai dans une autre notule le passage de son livre où l’intéressé donne les détails de son renvoi, et que Levaï a pompé sans vergogne en résumant beaucoup... et en faisant lui-même une imitation pas très réussie de Mongénéral.

En fait, l’impertinence de Bouteiller s’est exercée notamment sur Giscard, en 1979. Profitant de ce que Bokassa, son cher ex-cousin qui le haïssait, s’était absenté de son pays pour aller visiter Kadhafi, Giscard avait envoyé sa Légion afin qu’elle s’empare de la Centrafrique. Bokassa n’était donc jamais revenu et avait trouvé refuge en Côte d’Ivoire, où Félix Houphouët-Boigny l’avait accueilli. Et les soldats français, fouillant partout, avait découvert des documents prouvant que Bokassa avait naguère offert des diamants à Giscard, que celui-ci, alors ministre des finances, avait introduits en France sans les déclarer à la douane. « Le Canard enchaîné » et « Minute » avaient alimenté le scandale – chacun de ces deux journaux prétendant avoir été le premier à lancer l’affaire –, et Giscard avait perdu dans sa tentative de se faire réélire en 1981.

Or, sur France Inter, le 10 octobre 1979, le soir même où « Le Canard » avait publié ce joli conte de fées, Bouteiller avait illustré la totalité de son Magazine quotidien avec des chansons contenant le mot diamant : Zizi Jeanmaire chantant La croqueuse de diamants, Shirley Bassey chantant Diamonds for ever (extraite d’un film de James Bond portant ce titre), et quelques autres, euh... perles, si j’ose dire.

Les Français s’étaient esclaffés, et, à l’élection présidentielle suivante, Chirac et son complice Charles Pasqua avaient fait campagne pour Mitterrand, en faisant coller des papillons en forme de diamants sur les affiches de Giscard, à la place des yeux. Gros succès. Surtout pour Mitterrand.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 11/03/2017 13:32

C'est exactement ce que j'aime : avoir l'air de ne pas y toucher, en enfonçant le clou bien profond. Mine de rien. En effet, que peut-on lui reprocher : Quoi ? des chansons avec diamants dedans ? Et alors ? C'est juste des chansons, rien de plus. Auriez-vous l'esprit mal placé ?

Yves-André Samère 11/03/2017 14:30

Avec quelques années d’avance sur Coluche, Desproges et Le Luron, il faisait du persiflage. Mais enfin, c’était sur France Inter, où on en a fait beaucoup, Zeus merci !