Contre le « vote utile » ?

Publié le par Yves-André Samère

La mode, en ce moment, est de déblatérer sur le « vote utile », qui empêcherait que s’expriment les idées intéressantes énoncées par des candidats n’ayant aucune chance d’être élus, mais attirant la sympathie de ceux qui croient au Père Noël ou que demain on rasera gratis.

Eh bien non, mille fois non, je ne suis pas d’accord. On a trop vu ce qu’a donné en 2002 ce point de vue astigmate, qui, appliqué sans réflexion par des milliers d’inconscients, a éliminé le seul candidat honnête, capable et susceptible d’être élu, c’est-à-dire Lionel Jospin, à cause de deux ambitieux, Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement, lesquels ont séduit un électorat imbécile et incapable de voir plus loin que le lendemain de l’élection.

À cause de ces deux-là et de ceux qui ont cru en eux, nous avons eu cinq ans supplémentaires avec Chirac, puis cinq ans avec Sarkozy, puis cinq ans avec Hollande. Ça ne vous a pas suffi ?

Alors, tant pis si Macron n’a aucune conviction et ne vise qu’à satisfaire sa vanité en s’asseyant dans le fauteuil présidentiel : lui, au moins, peut gagner, et surtout, il défend l’Europe et n’est pas dangereux. À plus ou moins longue échéance, il fera un bide, tout comme Hollande, mais il n’installera pas la droite dure aux commandes de l’État. D’ailleurs, avec un homme pondéré comme Bayrou au poste de Premier ministre, il ne pourrait pas le faire.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Denis 05/05/2017 10:10

Je réagis avec retard (je suis rendu à cet article dans la lecture de votre blog, lecture que j'interromps de temps en temps), mais tant pis. Votre opinion sur l'élection de 2002 ne me convainc pas pour plusieurs raisons :

- vous classez les 5 ans de Hollande dans les conséquences funestes de l'éparpillement des candidatures de gauche et vous dites ensuite que voter utile et voter Macron conduisent à élire quelqu'un qui "fera un bide, tout comme Hollande". Où est la différence alors ?

- s'il faut voter utile à cette élection et dès le premier tour, comment faire savoir alors notre mécontentement des politiques menées ou prônées par le parti que l'on souhaite voir gouverner ? En 2002, j'ai voté Taubira parce que la politique menée par Jospin ne me paraissait pas assez à gauche, et que sa campagne était plombée par l'omniprésence de ses "cons-muniquants". Hélas, le message n'a pas été reçu comme tel, et on a continué dans le même sens, voire pire, avec les Strauss-Kahn et Hollande en héritiers. Je reconnais que mon message n'a pas été reçu par le PS, mais de toute façon, on partait dans cette direction "libérale", qui ne me convient pas.

- Taubira représentait plusieurs symboles pour moi : en tant que femme et par sa couleur de peau, elle signifiait que la France s'ouvrait enfin à la diversité et...à la démocratie !

Bon, j'arrive un peu tard dans le débat !...

Yves-André Samère 05/05/2017 13:17

> Vous classez les cinq ans de Hollande dans les conséquences funestes de l’éparpillement des candidatures de gauche et vous dites ensuite que voter utile et voter Macron conduisent à élire quelqu’un qui « fera un bide, tout comme Hollande ». Où est la différence alors ?

Réponse.- Faire un bide comme Hollande, c’est moins grave que livrer la France à un parti fasciste. L’échec de Hollande a consisté en ceci : en voulant paraître « un président normal » et en multipliant les petites blagues, il a gommé tout respect envers la fonction. Je ne visais pas sa politique, car j’ignore tout des finesses de ce métier.

> S’il faut voter utile à cette élection et dès le premier tour, comment faire savoir alors notre mécontentement des politiques menées ou prônées par le parti que l’on souhaite voir gouverner ?

R.- On ne peut pas, et c’est sans intérêt, car le gouvernement sait très bien qu’on est mécontent, c’est écrit dans tous les journaux et dit dans tous les organes d’information audiovisuelle ! Il faut savoir choisir. Entre deux maux, je choisis le moindre. C’est pourquoi je vote pour Macron, que je n’aime guère. Pour éviter Le Pen. Il est abasourdissant que certains choisissent l’abstention, comme si s’abstenir ne signifiait pas faire cadeau d’une voix à la fille Le Pen ! C’est suicidaire.

> En 2002, j’ai voté Taubira parce que la politique menée par Jospin ne me paraissait pas assez à gauche, et que sa campagne était plombée par l’omniprésence de ses « cons-muniquants ».

R.- Christiane Taubira est experte dans les techniques de communication. Écoutez-la, elle ne cesse jamais. Jospin était aussi à gauche qu’il était possible, même si ce n’était pas l’idéal, une fois encore. Et il n’était pas « libéral » au sens péjoratif que ce mot a aujourd’hui. J’ajoute qu’en 2002, avant le vote, j’avais averti mes amis, dans le forum que j’avais créé, qu’en votant selon leur cœur, ils couraient à la catastrophe et risquaient de placer Le Pen parmi les deux premiers. Ce qui s’est vérifié ! Je persiste : Jospin était moins dangereux que Le Pen. Qui oserait dire le contraire ?

> Taubira représentait plusieurs symboles pour moi : en tant que femme et par sa couleur de peau, elle signifiait que la France s’ouvrait enfin à la diversité.

R.- C’est ça l’inconvénient : le goût des symboles, la prédominance de la sentimentalité, du style votons-pour-elle-parce-que-c’est-une-femme... alors qu’elle n’a aucune chance d’être élue. Autant mettre à la poubelle son bulletin de vote ! C’est vraiment ÇA, être républicain ? Je vous rappelle le mot d’une autre femme, Françoise Giroud, dans « Le Monde » du 11 mars 1983 : « La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». En outre, vous faites intervenir sa « couleur de peau ». Ahurissant ! C’est typiquement un argument raciste. Je ne dis pas que VOUS êtes raciste, mais pourquoi penser comme ces gens qu’on déteste ?