De la culture du melon

Publié le par Yves-André Samère

Nos chers acteurs français, qui prétendent « se mettre en danger » dès qu’ils jouent un rôle un peu à part de ce qu’ils faisaient d’habitude, auraient bien dû goûter au régime que connaissaient les grandes vedettes de l’époque faste d’Hollywood, dans les années trente à cinquante, où elles n’étaient guère que des employés des studios, et devaient obéir sans discuter aux ordres de leurs patrons. Je me souviens d’avoir lu une lettre manuscrite de trois pages que Bette Davis avait écrite à Jack Warner, le patron de la Warner Bros., qui lui avait interdit de tourner des spots publicitaires pour les cigarettes : elle était furibarde, mais avait dû marcher droit. C’est aussi à cette époque qu’Alfred Hitchcock avait déclaré que les acteurs n’était « que du bétail », et tous, sauf Carole Lombard qui était une de ses amies, l’avaient mal pris.

Il fallait aussi suivre les diktats des agents de publicité, qui inventaient n’importe quelle baliverne pour fignoler les réputations des vedettes. Durant des dizaines d’années, ils ont répandu le bruit que Fred Astaire et Ginger Rogers se détestaient, afin de faire monter la mayonnaise, alors qu’en fait, ces deux as de la danse étaient d’excellents amis (sinon, comment auraient-ils fait dix films ensemble ?).

Chez nous, aujourd’hui, c’est la grosse tête assurée. Savez-vous que, lorsque Jeanne Moreau avait été invitée au Festival de Cannes et logée dans un palace, elle avait fait la moue devant la somptueuse suite qu’on lui avait attribuée, et avait gémi « Mais où pensez-vous que je vais pouvoir mettre mes affaires ? ». Je n’invente rien, c’est Gilles Jacob, l’ancien président du festival, qui l’a rapporté dans son livre de souvenirs. Sans d’ailleurs se formaliser outre mesure, car il était en extase devant ces charlatans.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Mathéo Feray 08/04/2017 10:09

Mon Dieu ! Vous allez me lyncher si je vous dis que je suis un admirateur de Chaplin ! Rassurez-vous, nulle question pour moi de plaider en sa faveur cette fois-ci. Je reconnais qu'il avait de très gros défauts.

Yves-André Samère 08/04/2017 10:31

Je ne lynche personne. Mais je suis économe de mes admirations. Chaplin ne m’a fait rire qu’une fois : il jouait un bourgeois qui rentre chez lui, et constate que sa femme l’a quitté. On le voit alors, de dos et face à un buffet, et ses épaules qui s’agitent. On pense quil est en train de pleurer. Mais, peu à peu, il se retourne vers la caméra, et on constate qu‘en fait, il était en train d’agiter un shaker. Il se préparait un cocktail pour fêter sa libération !

Mathéo Feray 07/04/2017 20:04

Sans compter Buster Keaton happé par la Metro-Goldwyn-Mayer, véritable autre usine à films hollywoodienne avec la Warner Bros. Le pauvre n'avait plus la moindre liberté d'action sur ses films et je crois même que le patron, Louis Mayer, avait fini par le mettre à la porte pour une billevesée. A partir de ce jour, le génie Keaton rentra dans l'ombre et n'en sortit plus vraiment... La société de consommation détruit le talent et l'originalité au profit de la standardise et la médiocrité. C'est un peu ce que m'inspire Hollywood. Tout n'est qu'argent et pacotille !

Yves-André Samère 08/04/2017 09:00

Mon texte visait le régime auquel étaient soumis les acteurs de la grande époque (qui du reste dure toujours, car ceux d’aujourd’hui sont encore plus riches tout en étant complètement libres), mais je ne tentais pas de les faire plaindre. Et les films de l’époque n’étaient pas que de la pacotille, bien au contraire, et ils dépassaient de très loin ce qu’on fait à présent.

Pour ce qui concerne Buster Keaton, bien que n’ayant pas vu le documentaire d’Arte, je suis d’accord, et il a mal fini sa longue carrière (148 films), en étant réduit à tourner des navets indignes de lui, dont un en Italie en 1965, « Deux bidasses et le général », qui faisait pitié. Mais dès auparavant, il avait été engagé par Chaplin pour « Limelight », en 1952, dans un rôle que ce salaud a raboté tant qu’il a pu, car Keaton était meilleur que lui, et il en était jaloux.

DOMINIQUE 07/04/2017 13:33

En contrepoint, j'ai beaucoup aimé la chronique si sensible de François Morel sur les "gens modestes". Pas "pauvres", non, "modestes". Rien à voir avec votre billet, encore que.

Yves-André Samère 07/04/2017 18:52

Je ne parlais que de cinéma, bien entendu. Et des gens modestes, chez les vedettes d’Hollywood, on ne devait pas en rencontrer beaucoup. Quant aux pauvres... Henri Jeanson, parlant des producteurs français, avait dit : « J’en ai connu beaucoup de ruinés, mais jamais de pauvres ».

cacciarella 06/04/2017 11:57

A propos des artistes de cette époque , je viens de voir un docu sur la chaine :"toute l'histoire" consacrée à Edy lamarr ; quelle personnage !

Yves-André Samère 06/04/2017 19:52

Pas vu. Je vais chercher. Merci pour le renseignement.