Muybridge, chercheur et assassin

Publié le par Yves-André Samère

On pourrait peut-être cesser de penser comme un train roule sur des rails, et envisager la vérité historique sans trop d’idées préconçues. Par exemple, que Charlemagne a inventé l’école, que Jeanne d’Arc entendait des voix et a « bouté les Anglais hors de France », que Napoléon a dit « Du haut de cette pyramide, quarante siècles vous contemplent » ou que Louis IX était un saint. Et l’on pourrait aussi mettre au rancart cette croyance flatteuse pour la vanité nationale, que les frères Lumière ont « inventé le cinéma », alors qu’ils n’ont fait que fabriquer un accessoire certes indispensable mais qui avait été conçu bien avant eux, la croix de Malte, permettant de produire le mouvement saccadé de la pellicule dans un appareil de projection à partir du mouvement continu fourni par le mécanisme d’une roue qui tourne. Les deux « inventeurs » étaient en fait des industriels désireux de vendre leurs produits, doublés d’as de la publicité, et le meilleur indice qu’on en a, c’est que le cinéma n’a connu de succès qu’en 1896, dans l’année qui a suivi la projection à Paris de leurs premières prises de vues (pourquoi à Paris, alors qu’ils habitaient Lyon ?). Alors que, des films projetés sur un écran, cela existait auparavant, avec un aspect très rudimentaire évidemment,et un certain Muybridge avait largement ouvert la voie. ICI et , deux échantillons.

À propos de ce denier, j’ai vu hier un film canadien, Eadweard, réalisé par Kyle Rideout en 2015, et jamais vu en France (le l’ai vu, mais c’est un peu ma spécialité, voir les films que personne ne voit). Et ce Muybridge, qui était britannique et s’appelait en réalité Edward James Muggeridge, passionné par l’étude du mouvement chez les êtres vivants, avait bel et bien réalisé, sans caméra mais avec une batterie d’appareils photographiques, de courts métrages illustrant son étude. Certains étaient bien projetés sur écran, et le film dont je parle montre, sur un écran circulaire, la démarche d’un éléphant, film que je n’ai pas retrouvé sur Internet – je pourrais l’y mettre, mais cela n’intéresserait pas grand-monde.

Muybridge a mal tourné : en 1874, il a assassiné l’amant de sa femme. Mais le tribunal, considérant qu’elle le trompait et que par conséquent c’était un meurtre justifié car « d’honneur », l’a acquitté ! Il a ainsi été le dernier coupable a connaître un acquittement pour ce motif ridicule, prouvant que le féminisme avait encore du chemin à faire aux États-Unis. Comme quoi, pour cultiver le machisme obtus, il n’y a pas que la Sicile du vingtième siècle et l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Anonyme et fier de l'être 06/04/2017 16:20

Décédé en 1904 Muybridge aurait ressuscité pour assassiner sa femme en 1974. Pan sur le bec dirait le canard

Yves-André Samère 06/04/2017 19:51

Même un esprit fort doit savoir ce qu’est une faute de frappe.