Quatrième ou Sixième République ?

Publié le par Yves-André Samère

Les Français auront mis bien du temps avant de commencer à comprendre que la Cinquième République reposait sur une conception viciée, car de nature plus monarchique que républicaine, puisque le chef de l’État dispose d’un pouvoir exorbitant, bien supérieur à celui de ses collègues dans les autres pays démocratiques ; par exemple aux États-Unis, où Barack Obama n’est pas parvenu à fermer le bagne de Guantanamo, et a connu toutes les difficultés possibles pour mettre en place son système de sécurité sociale, d’ailleurs jeté à bas par son successeur. Notre constitution précise que le Premier ministre, choisi au sein du parti majoritaire à l’Assemblée nationale (comme en Angleterre), établit la politique du pays et la mène à bien, mais en fait, rôle déshonorant, il n’est jamais que le « fusible » du président, susceptible de sauter à tout instant, comme on l’a vu lorsque Georges Pompidou a été débarqué froidement, pour le crime d’avoir gagné les élections législatives, et donc de faire de l’ombre au président du moment ! On imagine mal un tel épisode chez nos voisins...

En réalité, le Premier ministre n’a eu un peu de pouvoir que lors des trois cohabitations, lorsque l’Assemblée nationale a été composée d’opposants politiques au président. Encore le chef du gouvernement n’avait-il toujours pas le pouvoir de décider de la politique étrangère, et encore bien moins du pouvoir militaire : on l’a vu récemment, lorsque l’intervention de notre armée au Mali a été décidée, sans aucune concertation préalable avec les élus, par Hollande seul. Or le président qui sera élu demain sera sans doute, dès le début, malmené à l’Assemblée par une opposition de droite avide de revanche, ulcérée d’avoir dû faire campagne pour lui afin d’éviter le Front National, et qui ne lui laissera sans doute aucune marge de manœuvre. Mais, cette fois, un président mal élu, qui n’aura rien de l’Homme providentiel, sera probablement forcé d’accepter une quatrième cohabitation. Et la Quatrième République tant décriée reviendra en douceur.

Néanmoins est-ce un mal ? En Allemagne, cela se passe ainsi, et les Allemands nous dament le pion dans tous les domaines ! Qui sait si la mythique Sixième République de Mélénchon ne va pas s’installer toute seule, d’office et sans tambours ni trompettes.

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