Mais où est donc passé Molière ?

Publié le par Yves-André Samère

J’ai raconté ICI que, durant mon séjour à l’hôpital, j’avais lu le dernier livre d’Amin Maalouf, Un fauteuil sur la Seine, et que j’y avais trouvé une faute de français, surprenante chez un académicien (et qui écrit justement sur l’Académie française !). Or, dans un chapitre 9 intitulé Celui qui idolâtrait Molière (consacré à Jean-François Cailhava), il rapporte une anecdote dont l’authenticité m’a semblé très douteuse. Molière, mort chez lui, au 40 rue Richelieu – et pas sur scène, comme on le prétend parfois –, a donc été enterré au cimetière Saint-Joseph, en février 1673, Louis XIV ayant dû « intervenir en personne auprès de l’archevêque de Paris afin de contourner l’interdiction d’accorder une sépulture chrétienne aux comédiens », ce qui est parfaitement exact. Or Maalouf raconte ensuite que ce cimetière ayant été supprimé sous la Révolution, « ses ossements furent entreposés dans deux bières en sapin, et abandonnés pendant sept ans, avant d’être placés dans un sarcophage en pierre et exposés dans un musée », le Musée des Monuments français, ce qu’il ne précise pas ; et que ce ne fut qu’en 1817 que lesdits restes ont été récupérés pour être enfin inhumés au Père-Lachaise, dans un monument qu’il partage avec Jean de La Fontaine.

Ces détails sont inventés, et Maalouf, d’ailleurs, le reconnaît dans sa postface, où il écrit que « le lieu précis où fut enterré Molière demeure sujet à controverse, si bien que les restes déterrés en 1792 [...] pourraient parfaitement appartenir à quelqu’un d’autres » (sic pour la faute dans ce dernier mot).

La véritable histoire m’a été racontée, de vive voix et par téléphone, par le meilleur spécialiste du théâtre en France, André Degaine, que l’on entendait dans chaque émission sur ce sujet, un dimanche sur quatre, dans Le masque et la plume sur France Inter. André, mort il y a sept ans et que j’appréciais beaucoup pour sa courtoisie et son érudition, rapportait que, lors de la destruction du cimetière Saint-Joseph, la dépouille de Molière avait été traitée aussi mal que celle des autres tenants de l’Ancien Régime, et que ses ossements avaient disparu – loin d’avoir été « recueillis dans deux bières en sapin ». Si bien que le monument du Père-Lachaise n’est pas une tombe, mais un simple cénotaphe, aussi bien pour Molière que pour La Fontaine.

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