Voter, oui, mais pour qui ?

Publié le par Yves-André Samère

Après-demain, on vote pour élire les députés. Comme j’habite le premier arrondissement de Paris, mais que le découpage ne correspond pas à ce qui se fait pour les élections nationales ou municipales, mon arrondissement fait partie d’une circonscription (une « circo », comme ils ont tous pris l’habitude de dire dans les radio-télés pour faire branché) qui réunit les arrondissements 1, 2, 8 et 9. Tiens, je vais avoir le même député que Stéphane Bern, puisqu’il habite le neuvième. Marrant.

J’ai donc reçu, comme tout le monde, les dépliants publicitaires de ces messieurs-dames les candidats à la députation, et je suis à peu près certain, dimanche, de faire comme Brassens, qui restait au lit pour le 14 juillet. En effet, je ne connais personne, sauf le maire de mon arrondissement, Jean-François Legaret, un sarkozyste de choc, et qui nous inonde de sa publicité personnelle, payée avec nos impôts. Celui-là n’aura jamais ma voix.

Si j’ai bien compté, seize tandems se présentent (l’un d’eux, des écologistes, ne doit pas faire confiance à la Poste, puisqu’il a fait déposer dans ma boîte aux lettres un dépliant supplémentaire, en sus de celui fourni officiellement), et il y en a pour tous les goûts : du macronien, du mélanchoniste, du communiste, du facho sur toute la gamme (de la clique lepéniste à ce pauvre Dupont-Aignan), et j’en passe. Mais deux tandems surnagent : l’un se présente pour le Parti Pirate, et l’autre est... totalement anonyme, puisqu’on ne connaît pas le nom des deux candidats !

Le Parti Pirate me plairait assez , car les deux candidats se nomment Ronan Le Roy, qui n’a rien de royaliste, et Sandrine Villers, qui ne doit pas être parente avec Claude Villers, puisque celui-ci s’appelle en réalité Claude Marx. Or ce Le Roy s’engage à « ne voter pour aucune guerre ». Comme si on avait l’habitude de demander aux députés de voter pour une guerre, dans notre beau pays ! De Hollande à De Gaulle en passant par Sarkozy et Giscard, toutes nos guerres ont été décidées par un seul homme, qui n’a consulté personne. Il est naïf, ce pirate... Mais il réclame « la mise en place de la démocratie liquide », et je connais un tas de gens qui vont se laisser tenter. Hélas, il demande aussi la légalisation du cannabis, et là, je décroche. Je vous dirai un autre jour pourquoi je suis farouchement opposé à cette lubie.

L’autre tandem de futurs députés n’a ni nom ni photographie, et se présente sous l’étiquette #MAVOIX. Autrement dit, il demande de choisir nous-mêmes le député et son suppléant, en passant par Twitter, qui représenterait quarante-sept millions d’électeurs, à en croire le laïus que j’ai sous les yeux. Les heureux élus seront ainsi « formé-e-s puis tiré-e-s au sort ». On pressent un triomphe dans les cours de lycées.

Pour mémoire, il y a aussi les candidats « antispécistes », dont les seules photos représentent... cinq mains d’hommes et une patte de chien, et qui proclament que les animaux « sont des individus et non des choses », ce qui constitue une bouleversante révélation.

Enfin, il y a cette candidate au nom à particule, Ida de Chavagnac, laquelle milite du côté de Jean-Frédéric Poisson, et entend « protéger la famille et abroger la loi Taubira ». J’ignorais que ce genre de dinosaure vivait encore.

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