TRÈS contre TROP

Publié le par Yves-André Samère

Une manie qui me tape sur les nerfs : celle de dire systématiquement TROP à la place de TRÈS. Naturellement, chez les très jeunes qui n’ont jamais l’occasion d’entendre parler un français correct, on le comprend : j’aime trop parler comme un babouin, c’est trop bon de passer pour un crétin comme tous les autres. D’où sauraient-ils que TRÈS est un superlatif, exprimant l’importance de tel ou tel objet ou notion, alors que TROP exprime un inconvénient résultant d’un excès ?

Cette confusion a gagné la France entière, si bien que le mot très a totalement disparu.

Mais il n’est pas la seule victime tombée au champ d’horreur ; tout comme travailler a été éliminé au profit de bosser ; que les médicaments sont devenus des médocs ; que louche et malsain ont fait place à glauque ; que le petit déjeuner est devenu un p’tit déj’ ; que les policiers ne sont plus que des flics ; que les gardiens de prison ont été ravalés au rang de matons ; que les disques ont été promus au rang d’albums ; qu’on n’habite plus à Paris mais sur Paris ; qu’ils n’y a plus de volcanologues puisqu’ils sont tous devenus vulcanologues ; qu’on ne résoud plus les problèmes mais qu’on les solutionne ; que certaines taches faciles sont à présent pas évidentes ; qu’on ne postule plus à un emploi mais qu’on y candidate ; qu’un obstacle n’est plus infranchissable mais qu’il est désormais incontournable ; qu’il n’est plus jamais midi cinq mais midi passé de cinq minutes ; qu’on n’a plus grand plaisir à faire telle chose agréable, mais qu’on y a très plaisir ; qu’on n’est plus capable de faire tel travail mais qu’on est en capacité de le faire ; qu’un bon mécanicien n’applique plus une technique mais une technologie ; qu’on n’expédie plus une tâche rapidement mais qu’on la fait dans l’urgence ; qu’on n’a plus le droit de faire ceci ou cela mais qu’on a vocation à le faire ; et qu’on peut à présent démarrer une voiture ou débuter une carrière sans se soucier que ces deux verbes n’admettent pas de complément d’objet direct.

Franchement, vous n’avez jamais envie de vous jeter du troisième étage de la Tour Eiffel ? C’est trop tentant, non ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

M
Insupportable "trop" qui a tout envahi.
Certainement indélogeable ou sinon, avant longtemps.
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Y
Attendons que la foule se fatigue. Elle se fatigue de tout, c’est une question de délai.
C
Je me doute; c'était pour déplorer ce nouvel usage abusif d un mot 'anglais parfaitement calqué sur le mot français .
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Y
Une imbécillité parmi des dizaines d’autres, et qui fait crisser les dents.
K
Euhhhhh , Molière et Marivaux ..... je vois pas trop, c'est dans quelle équipe de ligue qui jouent ceux là. Ou c'est dans les Chtis contre les Marseillais à Cancun.
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Y
Molière jouait dans Arsenal, et Marivaux, au Real de Madrid.
C
changer tout cela , c'est une bataille perdue d'avance , heu , je dois dire maintrnant "battle " ,cest plus français !
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Y
Ne comptez pas sur moi pour parler ce genre de français ! Je n’ai pas trouvé le mot “battle” dans l’œuvre de Molière ni dans celle de Marivaux.