Un gars, une garce ; un garçon, une garçonne

Publié le par Yves-André Samère

On commence à parler de cette invention mirifique (je veux dire idiote), l’écriture inclusive [sic], due à une agence de communication, Mots-Clés. Les membres de cette agence espèrent que leur trouvaille sera adoptée un peu partout, et, en effet, quelques sites appartenant à des journaux sur Internet ont déjà franchi le pas.

Le but est d’une simplicité évangélique, comme disait naguère Jérôme Bonaldi : il s’agit de modifier l’orthographe de TOUS les noms qui peuvent être, soit du masculin, soit du féminin ; et donc, d’éliminer la primauté du masculin, afin de lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes [re-sic], en adoptant une écriture « non sexiste » [re-re-sic]. Et cela, par un emploi judicieux du point.

Mais je sens que vous brûlez d’avoir un exemple. Voici donc : n’écrivez plus et ne dites plus, comme Macron, « celles et ceux », et surtout, ne dites plus jamais « ceux » pour désigner les deux sexes, scélératesse qui persiste depuis quelques siècles. Non ! Écrivez « ceux·elles ». Et un manuel existe pour servir de mode d’emploi, dû à un certain Raphaël Haddad, docteur en sciences de l’information et de la communication. De même, vous n’avez plus « une amie et un ami », vous aurez désormais « un·e ami·e ».

Attention, ce point séparateur n’est pas le point que vous connaissez depuis toujours et qui sert à terminer une phrase. Il faudra adopter le « point médian », caractère qui n’existe sur aucune machine à écrire, aucun clavier, et que vous aurez du mal à distinguer de son confrère si vous écrivez à la main, car il ne doit pas reposer sur la ligne, mais flotter au-dessus. En revanche, il existe en HTML, et se note « · ». Votre ordinateur connaît...

C’est fou ce que notre vie va s’en trouver simplifiée !

(Je rappelle que les scorpions sexistes de l’Académie française sont unanimement hostiles à la mode de la féminisation forcenée, et avancent que la langue française ne dispose pas d’un suffixe unique permettant de féminiser automatiquement les noms. En outre, je me permets de faire remarquer que les noms, en général, sont précédés d’un article défini qui permet de faire la distinction. Et j’ajoute que la même manie est inapplicable dans l’armée, où l’on a des sentinelles, des estafettes et des ordonnances, autant de noms féminins qui désignent des hommes !)

Par chance, à l’école, la célèbre dictée est devenue maudite. En effet, il va devenir difficile de compter les fautes ! On a désormais une bonne raison de mettre la dictée à la poubelle. C’est la fête chez les cancres qui dorment sur le radiateur.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
Grosse coquille : "Et j’ajoute que la même manie est inapplicable dans l’armée, où l’on a des sentinelles, des estafettes et des ordonnances, autant de noms FEMININS qui désignent des hommes !)"
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Y
Merci. Je corrige.
K
Les cancres dormants ne se réchauffent plus sur les radiateurs, mais sur leurs précieux "smart-fones" qui chauffent tout autant.
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Y
C’est vrai, où avais-je la tête ?
M
Je me suis un peu renseigné sur ce langage et voici comment on peut traduire simultanément les phrases " C'est le fils du boulanger " et " C'est la fille de la boulangère " : c'est lo fim do boulangér (ou c'est li fi di boulanges). Voici également comment on pourrait traduire " Le jardinier est petit " en même temps que " La jardinière est petite " : Lo jardiniér est petis (ou li jardini est petix).<br /> <br /> Ma conclusion est la suivante : si Jacquouille la Fripouille revenait, il serait le seul à comprendre.
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Y
Ça ne me dit rien, et je n’ai pas compris de quel « langage » tu parlais. Mon article ne parlait pas d’un langage, mais d‘une dérive de l’orthographe actuelle.
M
"Françaises, Français !" Cette formule a-t-elle été inventée par De Gaulle ? J'en trouve mention dans un tract de 1956 de Pierre POUJADE (surnommé par une certaine presse de l'époque POUJADOLF). Il écrivait "Françaises, Français, sortez les sortants !". Quant à l'écriture inclusive, elle atteint un tel degré de crétinerie que j'ai cru en la découvrant qu'il s'agissait d'un canular.
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Y
Disons que tout le monde se fichait bien de Poujade et de sa campagne de l'époque. Il est évident que De Gaulle, qui avait à sa disposition tous les moyens de l’État pour se faire entendre, a laissé une trace plus profonde que ce minus, qui n’a réussi qu’à faire naître le mot péjoratif de « poujadisme ». J’imagine que l‘écriture inclusive durera aussi longtemps que lui !
D
Une belle sottise qui, je l'espère, va être reléguée bien vite dans les placards d'où elle n'aurait jamais dû sortir. Et je rejoins ces scorpions de l'Académie Française !
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Y
Moi aussi, c’est évident. Nous sommes assaillis par les sottises de toutes sortes.