Jacques Attali, esprit universel

Publié le par Yves-André Samère

Jacques Attali est un homme singulier, aux personnalités multiples. Il est à la fois écrivain, conseiller d’État, chef d’orchestre, banquier, conseiller politique et auteur de rapports, auteur de romans policiers, biographe, éditorialiste dans divers journaux, maître de conférences à Sciences Po, économiste, fondateur d’une ONG luttant contre la faim, auteur dramatique, administrateur de sociétés, pianiste, auteur de chansons, producteur d’opéras, et j’en oublie certainement.

J’ajoute que je tiens pour de pauvres types les humoristes et journalistes qui l’ont accusé de divers plagiats, et contre lesquels il a porté plainte, ayant depuis gagné tous ces procès.

Son dernier livre, publié le 9 mai dernier, a une forme étrange, puisqu’il est majoritairement composé... de listes d’œuvres à lire, voir, entendre ou visiter si l’on veut vivre pleinement. J’ai immédiatement consulté le chapitre sur le cinéma, dans lequel il conseille cent quarante films qu’il tient en haute estime. Il se trouve que, sur ce lot ne manquant pas de lacunes surprenantes (rien sur Jerry Lewis, sur Pierre Étaix ou sur Cecil B. DeMille, qui a tout de même été à l’origine d’Hollywood), on rencontre quelques films que je n’aime pas du tout, comme Le dictateur de Chaplin, qui est en tête de sa liste, Les tontons flingueurs, qui mériterait le Prix Baudruche, La grande vadrouille, honteuse pantalonnade d’un mauvais réalisateur, La guerre des étoiles, point de départ d’une saga fatigante de sottise, Le cercle des poètes disparus, très racoleur, l’épouvantable Romeo + Juliet, où il n’a pas vu que l’intrigue de Shakespeare, transposée de nos jours, ne tient plus debout (pour cette bonne raison que, de nos jours, la transposition serait caduque, car Juliette n’enverrait pas à Roméo une lettre, qui va se perdre, et où elle lui révèle son mariage « bigamesque » avec le comte Pâris : aujourd’hui, elle lui téléphonerait !), ou les films de Scorsese et Tarantino, qui ne valent pas un kopek. En revanche, il n’oublie pas cet éblouissant chef-d’œuvre de Michel Ocelot, Azur et Asmar.

Sur les cent quarante films préconisés par Attali, j’en ai vu cent dix. Qui dit mieux ?

(Soit dit en passant, mon estime pour Attali tient aussi à sa rupture avec Mitterrand. Il avait été son conseiller particulier lorsque cet imposteur trônait à l’Élysée, mais il rompit instantanément lorsque fut révélé que ce prétendu homme de gauche fit l’éloge de René Bousquet – auquel il évita des ennuis judiciaires, et qu’il reçut à sa table, dans sa maison des Landes –, justifiant cette relation infâme par le fait que l’ancien chef de la police de Vichy avait « rendu des services ». Quels services ? Livrer aux nazis, en 1942, lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’, 4155 enfants juifs que les Allemands ne réclamaient même pas ? Et dont aucun ne revint d’Auschwitz ?!)

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