Triste situation des sociétés de VFX

Publié le par Yves-André Samère

Vous avez certainement vu L’odyssée de Pi (en anglais, Life of Pi), film du réalisateur taiwanais Ang Lee, qui travaille principalement aux États-Unis et a connu beaucoup de succès, avec notamment Brokeback Mountain. Le Pi du film n’a rien à voir avec les mathématiques, c’est le diminutif de son prénom complet, qui était Piscine Molitor ! Ici, vous pouvez voir Pi enfant en train de lire un livre qui m’a donné le goût des sciences, et que je conserve toujours précieusement. Le film, avec un budget de 70 millions de dollars, en a engrangé plus de 610 millions.

Tirée d’un roman, quelle était l’histoire ? Il se trouve que la famille de Pi vivait à Pondichéry, l’un des comptoirs français en Inde, où son père possédait un zoo. Mais la vie devenant difficile, ils ont tenté d’émigrer au Québec, sur un cargo, en emmenant avec eux tous leurs animaux. Or le bateau fit naufrage, toute la famille périt, et seul Pi, alors âgé de dix-sept ans, se retrouva sur un canot de sauvetage, en compagnie de quelques animaux, dont... un tigre nommé Richard Parker ! Les animaux meurent les uns après les autres, et seuls survivent Pi et le tigre.

Cette histoire ne pouvait pas être réalisée au cinéma sans une quantité de trucages, car il aurait été impossible de faire cohabiter un jeune acteur avec un tigre dans une embarcation (conseil : cliquez une fois sur l’image pour faire disparaître le bandeau inférieur). Et donc, toutes les scènes avec ladite embarcation ont été filmées dans une piscine, creusée dans une ancienne autoroute de Taiwan, et entourée de fonds verts pour permettre les trucages, qui occupaient 680 plans du film, sur les 960 au total. Ces trucages ont mobilisé sept sociétés différentes, principalement la socité californienne Rhythm and Hues, qui a employé environ 600 graphistes pour créer 446 plans, soit près de la moitié du film. Ce qui a valu au film pas moins de quatre Oscars en 2013 : meilleure réalisation, meilleure musique, meilleure photographie, et, naturellement, meilleurs effets visuels (en anglais, les VFX). Or cela provoqua un scandale, puisque, onze jours avant la cérémonie, Rhythm and Blues, ne parvenant plus à payer ses employés, avait déposé le bilan !

Non moins grave, le temps de parole des récompensés aux Oscars avait été fortement limité, et Bill Westenhofer, le superviseur en chef de la section desdits effets visuels, n’eut que 45 secondes pour remercier le jury et faire valoir que les sociétés qui avaient travaillé sur ce film étaient en grandes difficultés financières. Or sa prise de parole fut interrompue par la musique de Jaws (en français, Les dents de la mer), le célèbre film de Spielberg – façon de dire qu’il devait la boucler et laisser la place au suivant. Ang Lee, lui, n’eut pas un mot de remerciement pour ceux qui avaient fait le travail, et regretta par la suite que les effets visuels ne soient pas moins chers.

En fin de compte, les producteurs sont les seuls gagnants de ce genre de compétition.

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