« Trop », ou « très » ?

Publié le par Yves-André Samère

Non seulement la publicité nous fait les poches en nous incitant, à longueur de journée, à l’acquisition de camelotes, mais elle exerce sur le vocabulaire une influence dévastatrice. Ainsi, ce matin, j’ai entendu pour la vingtième fois, dans une pub radiophonique,  un décérébré dire à sa compagne : « Prépare-toi et appelle tes potes, on va assister à la Coupe du Monde » (de football, au cas où vous reviendriez soudain de la planète Mars). Et la donzelle, enthousiaste, de répondre : « Trop bien ! Allons-y », ou quelque niaiserie dans ce goût-là.

Je souhaiterais vivement qu’on rouvre le bagne de Cayenne pour y envoyer à perpète, non seulement les auteurs de publicités, mais aussi ceux, parents compris, qui ont mis, dans la tête des jeunes, que trop avait le même sens que très, au point que ce dernier mot, comme beaucoup d’autres, a totalement disparu du langage. Depuis des décennies, plus aucun enfant n’a entendu le mot très, qui a pourtant son utilité, ô combien !

Rappelons à ceux qui s’intéressent à leur langue maternelle autant que feu Albert Jacquard à la carrière de Mireille Mathieu, que trop traduit un inconvénient, un excès, quelque chose de nocif ; alors que très, complètement différent, est un simple superlatif dépourvu de tout jugement sur l’importance des choses. Si vous dites « Aujourd’hui, il fait très beau », vous ne vous plaignez pas du beau temps, vous vous contentez de le constater ; alors que si vous dites qu’il pleut un peu trop souvent, vous déplorez qu’il n’y ait plus de saisons. Ne pas distinguer ces deux mots, ce n’est pas seulement une erreur de vocabulaire, c’est surtout une bévue fatale quant au sens des mots. Autrement dit, vous élevez une barrière infranchissable entre ceux qui font la distinction, et ceux qui sont incapables de voir que cette distinction existe. De sorte que vous en faites des illettrés malgré eux. Et si vous ne rectifiez pas cette faute chez vos propres enfants, en leur expliquant le pourquoi du comment, vous en faites des idiots incurables, puisque plus jamais ils ne sauront qu’existe le distinguo, et parleront mal ad vitam aeternam.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

M
"Très" qui effectivement n'existe plus, est aussi fort élégamment remplacé par "hyper".
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Y
Ouf ! Je suis soulagé. Je craignais un « super » de plus. Nous sommes déjà saturés.