Haro sur les playlists !

Publié le par Yves-André Samère

On sait à quel point les producteurs d’émission de variétés, tant à la radio qu’à la télévision, ont l’imagination fertile. C’est simple, dès que l’un d’eux a eu une idée et l’a incluse dans son émission, très vite, tous les autres copient ce qu’il a installé, en se disant qu’ils ont gagné le cocotier, et que, par conséquent, ils vont écraser la concurrence.

Depuis quelques mois, tous, absolument tous, se sont convertis à l’utilisation intensive de la playlist. Cela signifie qu’avant la diffusion de leur émission, un assistant « cuisine » l’invité prévu, pour lui faire dire quelles chansons il écoutait aux différentes époques de son existence. Cette liste transcrite dans le conducteur de l’émission, cela donne d’admirables séquences telles que : « En 1990, vous écoutiez ceci », et on lance le disque, qui va tourner jusqu’à ce qu’on en lance un autre, puisque plus personne ne songe à mettre fin au disque précédent !

Naturellement, ce truc de producteur de variétés était usé dès le début, mais comme le public ne proteste pas (il n’écoute pas, c’est certain), cela va continuer jusqu’au Jugement dernier.

On nous dit que les plus jeunes ont cessé d’écouter la radio et regardent de moins en moins la télévision, préférant passer leur temps sur Internet. Pas étonnant : là, ils peuvent choisir ce qu’ils ont envie d’entendre, pas ce qu’écoutent des gens dont ils se fichent éperdument. Bien sûr, ils ont aussi mauvais goût que la majorité de la population, qu’on gave de sottises et de médiocrités. Mais c’est l’ensemble des distractions des Français qui est atteinte. Voyez les films qui sortent chaque mercredi : ils sont de plus en plus inintéressants, bourrés de séquences violentes et bruyantes, y compris si l’histoire qu’on raconte ne comporterait logiquement aucune scène de ce genre. Les bandes d’annonce des films à venir sont désormais truffées de bruits d’explosion, et si on filme Roméo et Juliette, on y inclut désormais quelques détonations qui remplacent si bien les dialogues conçus par ce crétin de Shakespeare ! Dans un de ses livres, Philippe Muray disait qu’il n’allait plus au cinéma, parce qu’on ne peut pas y baisser le son. Je crois qu’avant peu, je me pointerai au cinoche avec un casque sur les oreilles. Comme tout le monde.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
Je suis rancunier. Comme j'adore Chopin et que j'ai entendu une fois Horowitz sur YouTube le jouer et que cela m'a paru nul, mais nul alors (haché, maladroit) . Je l'ai rayé de ma playlist personnelle. Pour moi, Chopin, c'est d'abord une respiration et un mouvement de danse perpétuel (rapide ou lent).
Peu importe ce que fait le pianiste, l'important, le but, c'est la musique.
J'aime énormément le concerto pour piano de Schumann, et depuis que j'ai entendu Trifonov transformer cette œuvre puissante, traversée par la passion, en truc guimauve, je l'ai rayé aussi.
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Y
Des goûts et des couleurs... Je trouve Horowitz absolument parfait, et je ne vois pas comment on peut trouver cela “nul, haché, maladroit”. Surtout après l’avoir “entendu une fois” !
J
La télévision ! C'est crime à la une ! Soit qu'il s'agisse de feuilletons français poussifs et inhibés, soit qu'il s'agisse de séries américaines ostensiblement modernes, c'est à dire vulgairement violentes et contrôlées, le crime est au centre de l'histoire. Chais pas vous, mais moi, je ne prends pas mon pied avec ça. .
Je me demande pourquoi les parents se fatiguent à plaider pour la non-violence, alors que pour passer à la télé, il faut de la violence.
Rendez-moi Colombo, Christie, Bourrel Holmes, et autres.
Quant à la playlist, c'est vieux comme la télé, c'est vieux comme l'esprit racoleur de la télé. La télé est une playlist permanente , ça marche avec tout : musique, films, sketches, feuilletons, comiques etc c'est que l'avis des invités passionne les imbéciles. ;
Non, ce qui m'exaspère, c'est que YouTube fasse deux choses :
- me proposer des morceaux de musique que j'ai vus et entendus hier ou avant-hier. Je ne suis pas encore atteint d'Alzheimer. Je sais ce que j'ai écouté. Je ne vais pas radoter.
- me proposer des choses que je n'ai jamais écoutées de ma vie - pour certaines raisons - sous prétexte que ce sont des trucs du système. Je suis anti-système.
Les variétés à la télé, on a déjà une idée de ce que j'en pense.
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Y
« Columbo » (c’est l’orthographe exacte), j’ai acheté le coffret où on trouve tous les épisodes – dont celui réalisé par Spielberg, « Murder by the book ». Sherlock Holmes ? J’ai boycotté les deux ou trois films tournés par Guy Richie, dans lesquels le héros est un as du kung-fu. Énorme bêtise pour plaire aux jeunes crétins. Mais il y a eu « La vie privée de Sherlock Holmes », réalisé par Billy Wilder, un maître. Agatha Christie ? J’ai lu tous ses romans, même ceux écrits sous le pseudo Mary Westmacott. Et une grande partie de ses nouvelles. De temps en temps, j’en relis un. Et j’ai traduit en français sa pièce « The mousetrap », celle que justement on n’a pas le droit de traduire et de jouer ailleurs qu’à Londres. YouTube ne m’exaspère pas, si on sait choisir ce qui a de la valeur. Hier, j’ai vu Vladimir Horowitz jouer la Polonaise Héroïque de Chopin. Exemplaire, car lui, au moins, ne fait pas de « cinéma » et ne se dandine pas devant son piano. Et le même morceau interprété par Rafał Blechacz.

Quant aux séries télévisées, je donne la préférence à ce qui vient d’Angleterre. On est certain que ce sera bien écrit et joué par des acteurs qui connaissent leur métier.

En somme, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain.