L’emploi abusif des majuscules

Publié le par Yves-André Samère

Quelques-uns parmi mes (millions de) lecteurs auront peut-être remarqué un détail dans mes petits écrits : je ne sème pas à tous vents des majuscules incongrues. Cette manie est le propre des éditeurs de livres, de journaux, de chansons, qui insèrent dans leurs titres des majuscules sans aucune autre raison que... la tradition !

Vous savez que j’ai un infini respect pour tout ce qui est traditionnel : souhaiter un bon anniversaire à toutes les personnes qui m’entourent – à condition évidemment que je connaisse leur date de naisance – ; afficher ma réjouissance spontanée afin de ne « choquer » personne lors des onze dates de l’année dont un État bienveillant a cru bon de rappeler l’existence (Noël, lundi de Paques et de Pentecôte, Ascension, la Toussaint, l’Assomption de Marie, « montée au Ciel » avec son corps intact). Et je condamne sévèrement tout manque de respect envers un membre du clergé, sous réserve qu’il soit catholique, et ne manque jamais de leur donner du « Mon père », ou « Ma sœur », ou « Monseigneur », voire « Votre Sainteté », quand j’ai la chance de rencontrer le pape. Vous devinez que je m’abstiens d’appeler « Manu » le président de la République.

Mais revenons à cette histoire de majuscules : observateurs comme je vous sais, vous avez remarqué cette coutume d’orner les titres avec des lettres capitales, là où d’ordinaire on n’en met pas. Cette habitude étrange vient de ce que nous singeons tout ce qui vient de l’étranger, surtout de langue anglaise. Ainsi, l’œuvre d’Ernest Hemingway que nous connaissons sous le titre Pour qui sonne le glas s’intitule en anglais For Whom the Bell Tolls : des majuscules presque à chaque mot ! Eh bien, je trouve cela ridicule et ampoulé.

Bien sûr, il fallait que l’Académie française mette son grain de sel dans ce débat superflu, et, dans son Dictionnaire, elle a normalisé le système via le premier tome de sa neuvième édition, en faisant comme on le fait à l’Imprimerie nationale : la majuscule signale un nom propre, et occasionnellement un nom commun s’il individualise la personne ou la chose qu’il désigne. Naturellement, elle a prévu des exceptions, comme toujours en France, et on met une majuscule à « Général » si on veut désigner De Gaulle, ou « l’Empereur » si on vise Napoléon. Mais il ne faut surtout pas écrire « le Saint-Père », s’agissant du pape, car l’orthographe correcte est « le saint père », sans tiret ni majuscule. Et ce détail, personne ne semble le connaître, car la faute traîne partout !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Pour le saint père, j'aurais fait la faute. Mais comme je n'écris pas à son sujet tous les jours... Dans le Canard Enchaîné, un ministre n'a pas de majuscule, sa fonction, oui. Donc ministre des Affaires Étrangères. Là aussi, j'aurais majusculé le ministre !
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Y
Pour ce qui est de se trouver égaré, je comblerais tous leurs vœux !
D
Les bons verbicrucistes ont pour but essentiel d'égarer le chaland, et tous les coups sont permis !
Y
Je suis nul en mots croisés, mais je connais assez bien la typographie. Elle sert à ne pas égarer les lecteurs (les accents sur les majuscules, que je n’oublie jamais).
D
Comme beaucoup de techniques, la typographie dit beaucoup plus que ce qu'elle semble être. Elle est pleine d'exceptions, de règles logiques, de subtilités. Comme le Général, par exemple !
On retrouve (un peu) ces nuances dans les mots croisés, où les mots composés ne sont pas signalés, car ils ont un trait d'union, les fourbes.
Y
C’est simple : les noms de métier ou de fonction ne prennent pas de majuscule. Par exemple, on écrit « le président de la République ». Pape, c’est une fonction, pas plus. Je connais à fond ce qui concerne la typographie, parce que je m’en sers.