La fabrication de la Bible

Publié le par Yves-André Samère

La Bible doit-elle être considérée comme un « livre d’histoire » ? Ou comme un ouvrage de pure propagande ?

En tout cas, elle n’a pas été le produit d’un événement bref et spécifique, résultat d’une inspiration unique. Au contraire, son élaboration a résulté d’une longue évolution, qui s’est prolongée sur plusieurs siècles. Cette élaboration a probablement commencé par la rédaction des cinq premiers livres – que les chrétiens appellent Pentateuque, et les juifs, Toràh. Mais ce n’est pas si simple puisque, déjà, les rédacteurs – tous inconnus –, ont suivi plusieurs sources traditionnelles : la jahwiste, qui remonte au dixième siècle avant notre ère ; l’élohiste, datant des neuvième et huitième siècles avant notre ère ; la deutéronimiste (nom dérivé de ce livre appelé Deutéronome), composée pendant la seconde moitié du septième puis révisée à la fin du siècle suivant ; et la sacerdotale, composée entre 550 et 500 avant notre ère. Mais il y avait aussi la version sumérienne de la Création, qui a sans doute été rédigée vers -3000.

Les tout premiers récits ORAUX traitaient de sujets spécifiques comme les vies des patriarches, les histoires d’esclavage et de libération, de nomadisme dans le désert, et autres. Mais les premiers écrits furent sans doute rédigés entre les douzième et onzième siècles avant notre ère.

Tout cela prenait diverses formes, et d’autant plus que l’écriture de l’hébreu, au début, utilisait ce qu’on appelle l’écriture continue, convention par laquelle on n’écrivait que les consonnes, et les mots n’étant séparés par aucun espace, un peu comme en latin ancien. Quant à la division en chapitres, telle que nous la connaissons, elle n’est arrivée qu’après une longue période de gestation, qui s’est essentiellement terminée au dixième siècle après la naissance présumée de Jésus, et fut introduite autour du treizième siècle. Les versets, eux, n’ont reçu des numéros qu’à partir de 1528.

La fabrication de la Bible a donc suivi un processus très long, au cours duquel on l’a racontée, transmise oralement, écrite, revue, perdue, retrouvée, écrite à nouveau, relue et ensuite rendue d’une certaine manière « intouchable », avec l’ajout des signes vocaliques, c’est-à-dire des consonnes faisant un peu office de voyelles – ce qui existe toujours en arabe, où le A, le I et le U (prononcé OU) sont écrits comme des consonnes si on veut figurer que la voyelle est longue.

Tout cela finit par aboutir au Codex de Leningrad, la version la plus ancienne, partout acceptée, et qui constitue toujours le texte de référence.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
Vous avez compris que c'était de l'humour grinçant à l'adresse, surtout, de ceux qui ont tendance à prendre les prétendus Livres sacrés au pied de la lettre. Un athée, ça le fait rigoler.
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Y
Bien sûr. Je détecte l’humour à n’importe quelle distance. Et aussi l’absence d’humour, qui est le signe d’une infirmité mentale. De toute façon, rien n’est sacré.
J
Comment ? Vous semez le doute. Enfin, il a bien fallu que quelqu'un, une personne ait été là pour assister à la création du monde et du premier homme pour pouvoir le raconter. Ce n'est pas Dieu qui l'a fait. Il y avait un témoin à l'œuvre de Jéhovah. Pareil pour le reste, les fléaux d'Egypte, la traversée de la Mer Rouge, le sacrifice d'Isaac etc Tout est véridique. Les récits se sont transmis de générations en générations.
Car si ce n'est pas véridique, qui va pouvoir faire la part des choses, la part de mensonges, la part d'allégorie, la part de légende etc Qui ? Au nom de quoi ? Et les paroles de Dieu ?
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Y
C’est tout simple : s’il n’y a eu aucun témoin de ces divers évènements, c’est parce qu’ils ont été INVENTÉS pour les besoins de la cause, c’est-à-dire de la propagande. Après tout, ce que raconte Homère dans ses deux livres n’a eu aucun témoin – sinon, il aurait donné leur nom pour appuyer son récit.

Pourquoi ai-je écrit cet article ? Parce que je voulais attirer l’attention de mes deux ou trois lecteurs sur le fait que l’Ancien Testament ne parle pas d’UN dieu, mais de PLUSIEURS. Voir le verset III.22, dans la Genèse, où “Dieu” se plaint d’Adam, et dit “Voici que l’Homme est devenu pareil à l’un de NOUS”. Yahveh, qui se montre plutôt bienveillant et n’est pour rien dans la Création, n’a rien de commun avec les Élohim, rebaptisés « l’Éternel » dans la version française, personnage(s) malfaisant(s), qui ne cesse(nt) de maudire les Juifs, et va même jusqu’à noyer la totalité des habitants de la Terre – sauf les huit membres de la famille Noé – parce que certains ont osé adorer un autre dieu que lui. C’est bien lui qui détruit la ville de Sodome, maudit les fautifs et leurs descendants « jusqu’à la septième génération », qui exige sans cesse des cadeaux coûteux (l’or lui plaît bien) et de la nourriture (l’odeur de la graisse de bœuf est « agréable aux narines de l’Éternel », sic), et qui va jusqu’à fixer la longueur des caleçons des prêtres de son temple, dont il fournit aussi les mesures !

Je n’invente rien. J’ai passé trois ans à lire la Bible sans sauter un seul verset, donc je connais la question.
Y
C’est très utile, de « semer le doute ». Sans le doute, rien ne progresse. Je suis certain de ne jamais y renoncer. Si je ne doutais pas, je serais encore une espèce d’enfant de chœur qui gobe tout ce qu’on lui raconte. Je serais même gaulliste !