« Shoah » : la séquence manquante

Publié le par Yves-André Samère

Voici une dizaine de jours, j’ai eu envie de revoir Shoah, l’œuvre maîtresse de Claude Lanzmann, que j’avais déjà vue deux fois, et qui dure officiellement neuf heures et vingt-six minutes. Comme nous étions un dimanche, j’ai eu le temps, et j’ai tout absorbé dans la même journée !

Je me souvenais de presque tout, sauf des scènes de la deuxième partie, vers la fin, quand apparaissent des anciens responsables politiques du ghetto de Varsovie, venus se mettre en valeur en racontant ce qu’ils avaient fait (ou tenté de faire) pour la collectivité. Là, c’était franchement ennuyeux, et j’ai regretté que Lanzmann n’ait pas plutôt gardé une séquence qu’il a visiblement supprimée, celle de l’interview de cet ancien responsable d’un des camps de la mort, celui de Treblinka. Cette scène avait été tournée en caméra cachée, que manœuvrait discrètement Corinna, une collaboratrice du réalisateur, laquelle portait la caméra dans un sac et dirigeait le sac selon le point de vue qui changeait durant la conversation. Les images étaient transmises par radio vers un minibus où se trouvaient deux techniciens, non loin de l’immeuble. Or, de cette séquence, il manquait la fin dans Shoah, fin que j’avais découverte quelques jours plus tôt, incluse dans un documentaire qu’Arte avait diffusée.

Cette interview montrait donc ce responsable nazi, Franz Suchomel, officier SS du camp de Treblinka, qui détaillait tout ce qui concernait l’organisation matérielle du camp d’extermination, sans que jamais il ait eu un mot traduisant une quelconque émotion. Or, ce qui n’apparaît pas dans Shoah, c’est que Lanzmann et sa collaboratrice Corinna se sont fait surprendre en flagrant délit de tournage clandestin, et se sont fait tabasser par le nazi et « quatre grands types » de sa famille – car il ne vivait pas seul –, et qui ont menacé d’appeler la police. Tous deux se sont enfuis et, quoique poursuivis, ont réussi à échapper à leurs agresseurs. Blessés, ils ont dû aller se faire soigner dans un hôpital. Lanzmann a été hospitalisé durant un mois, et, à sa sortie, il a été accusé d’usage illégal des ondes radio allemandes. Mais, par la suite, il n’a pas été poursuivi.

Rien de tout cela dans le film principal, et c’était regrettable. Cet épisode figure dans le court métrage intitulé Claude lanzmann – Porte-parole de la Shoah, diffusé sur Arte le 2 juillet. Malheureusement, il n’est plus disponible.

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