Histoire d’O

Publié le par Yves-André Samère

Non, mon titre n’est pas celui d’un film, ni d’un médiocre roman érotique ! Comme souvent, et parce que j’ai mauvais fond, je me paie ici la bobine de quelqu’un. Et le mot bobine est bien en situation, puisqu’il s’agit de cinéma.

Aux États-Unis, cela fait très chic d’avoir un second prénom, et de n’écrire que son initiale. Ainsi, vous connaissez certainement Cecil B. DeMille, même si vous ignorez ce que signifiait ce « B » (les mauvaises langues prétendent que c’était l’initiale de billet, mais en fait, c’était Blount). C’est tellement chic que certains, qui n’ont qu’un prénom, s’inventent une initiale bidon (tout comme le mauvais cinéaste danois Lars Trier s’est inventé une particule, un von qu’il n’avait pas reçu à sa naissance). Ce fut le cas de Selznick.

David Selznick fut le célébrissime producteur d’Autant en emporte le vent, et n’avait qu’un seul prénom, ce qui le navrait. Il décida, devenu illustre, d’insérer au milieu de son nom l’initiale « O », et devint David O. Selznick, sans que quiconque s’interroge sur cette génération spontanée. On sait aussi que Selznick, en 1939, engagea Hitchcock, le plus grand des cinéastes britanniques (j’ajouterais « mondiaux », mais c’est personnel), et que les deux hommes firent ensemble quatre films : Rebecca, Spellbound (en français, La maison du docteur Edwardes), Notorious (en français, Les enchaînés) et The Paradine case (en français, Le procès Paradine). Mais il est notoire que les choses ne se sont pas très bien passées entre les deux hommes : Selznick trouvait Hitchcock trop lent, trop peu soucieux du public, et ce dernier estimait son producteur trop interventionniste (euphémisme). Si bien qu’ils se séparèrent sans regrets, dès que leur contrat fut arrivé à son terme.

Bien entendu, Hitchcock connaissait le détail du faux prénom de Selznick, et il ne manquait pas de malice. Or j’ai la quasi-certitude, sans en avoir eu confirmation, qu’il s’en est souvenu lorsqu’il réalisa North by Northwest (en français, La mort aux trousses). Le personnage central de ce film, joué par Cary Grant, s’appelle Roger O. Thornhill. Et lorsque Eva Marie-Saint lui demande ce que signifie ce « O », il répond en haussant les épaules : « Rien ! » (c’est encore plus vachard dans la version française, où on lui fait dire « Zéro ! »). Pas sûr que Selznick ait beaucoup apprécié.

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