Les œuvres « volées »

Publié le par Yves-André Samère

Dans le cadre de la mode actuelle consistant à se flageller, on nous a révélé que notre gouvernement comptait restituer aux pays producteurs d’un certain nombre d’œuvres d’art – que nous leur avions évidemment volées – lesdites œuvres, qui croupissent dans nos musées. Cela part sans doute d’un bon sentiment, mais si Jean Valjean n’avait pas barboté les deux chandeliers d’argent à Myriel, l’évêque de Digne, et la pièce de quarante sous au jeune ramoneur Petit-Gervais, serait-il devenu Monsieur Madeleine, maire de Montreuil-sur-Mer et connu pour sa bonté ?

Je ne suis pas en train de plaider pour le vol, mais cela n’empêche pas de réfléchir un peu. D’abord, les pays en question, que faisaient-ils de leurs œuvres d’art, à l’époque où on les leur chouravait (au temps de Bonaparte et sur ses instructions) ? Les plaçaient-ils dans des musées, ouverts au public ? Je suis assez bien placé pour savoir que, par exemple, au Maroc et en Côte d’Ivoire, il n’existait aucun musée à l’époque de ce larcin, nulle part, et que ces pays n’en ont probablement pas encore. Donc, nul ne voyait les œuvres en question ! En Afrique, je ne vois de musées qu’à Constantine, en Algérie (le musée Cirta, du nom historique de la ville), et au Caire, en Égypte (le musée égyptien du Caire) – surtout en Égypte, parce que ce pays est fouillé par des centaines d’archéologues, et que, sans eux, ce qu’ils y trouvent serait volé par des pillards authentiques, qui le revendraient.

Par ailleurs, lorsque vous placez au Louvre ou au British Museum une œuvre quelconque découverte à l’étranger, elle y sera vue par des centaines de milliers de visiteurs : préfèreriez-vous qu’elle reste ignorée de tous ?

Ce raisonnement, que j’étends aux tableaux, aux livres, aux films, etc., reste valable dans tous les domaines : une œuvre qui n’est vue par personne n’existe pour personne.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 25/11/2018 19:08

Ces histoires sont compliquées : certaines pièces sont des éléments religieux, d'autres, dont quelques unes ont été restituées, sont composées de restes humains (comme des têtes réduites), des momies, etc. On ne peut parler forcément de valeur artistique, les goûts évoluant aussi selon les époques (en fait, je pense qu'une momie a peu de chances d'avoir la réputation de la Joconde).
Donc, courage à ceux qui vont ouvrir ce dossier !
Quant à la visibilité, entièrement d'accord. J'avoue détester l'esprit "collectionneur" qui enferme des toiles réputées dans des coffres-forts.

Yves-André Samère 25/11/2018 20:02

Malheureusement, cet esprit collectionneur frappe souvent les amateurs très riches. En général, ils planquent leurs collections en Suisse ou dans les Îles Anglo-Normandes. La loi locale ne permet pas d’y fourrer son nez !