Le vrai André Malraux

Publié le par Yves-André Samère

Dès le 1er juin 1958, à peine nommé Président du Conseil des ministres par René Coty, président de la République, De Gaulle désigne André Malraux comme ministre de la Culture. Connaissant l’humour du général, on peut supposer qu’il a choisi ce ministre sur son récent passé de vandale, de voleur et d’escroc. Voici les faits.

En 1923, de mauvais placements de la fortune de son épouse Clara, dans des valeurs mexicaines qui s’effondrent, causent la ruine du couple. Poussé par son goût de l’aventure et son amour de l’art, et pour se refaire, Malraux décide de partir avec son épouse et son ami d’enfance, Louis Chevasson, en Indochine pour... y voler des statues et les revendre, après s’être renseigné sur les prix et les débouchés auprès de Paul Cassirer et Daniel-Henry Kahnweiler, et avoir pris contact avant son départ avec de riches collectionneurs états-uniens et allemands qui pourraient être intéressés par un « lot de statues khmères ». Pour obtenir une mission archéologique gratuite, il prétend faussement qu’il suit des cours à l’École des langues orientales, fait miroiter la promesse d’un don financier important à l’École française d’Extrême-Orient (EFEO), s’engage à laisser la direction des fouilles à cette école, et à ne revendiquer aucun droit de propriété personnelle sur les œuvres d’art découvertes, puisqu’il « doit » uniquement faire des moulages de statues pour le musée Guimet.

La mission lui est accordée par une commission du ministère des Colonies en septembre 1923. Il part de Marseille pour Hanoï où il rencontre Léonard Auroussea, directeur par intérim de l’EFEO – lequel émet des réserves, la région des fouilles étant insoumise –, puis s’établit à Siem Reap, à proximité du complexe archéologique d’Angkor, le 13 octobre 1923. À la mi-décembre, Malraux et ses compagnons découpent à la scie, au temple de Banteay Srei, une tonne de pierres sculptées et quatre grands morceaux de bas-reliefs qu’ils emballent et emportent, avec l’intention de les revendre à un collectionneur.

Arrivés à Phnom-Penh le 23 décembre 1923, ils sont arrêtés et assignés à résidence à l’hôtel Manolis dont ils ne pourront plus payer la note au bout de quatre mois. André Malraux est condamné, le 21 juillet 1924, à trois ans de prison ferme, et son ami Louis à un an et demi. Clara Malraux, qui est censée n’avoir fait que suivre son mari, n’a pas été inculpée. Elle repart pour Paris en juillet 1924 et mobilise en faveur de son mari les intellectuels de l’époque, comme Marcel Arland, Charles Du Bos, Louis Aragon, André Breton, François Mauriac, André Gide, Jean Paulhan et Max Jacob, qui signent une pétition réclamant un statut privilégié pour « ceux qui contribuent à augmenter le patrimoine intellectuel de notre pays [sic] ».

En appel, le 28 octobre 1924, la peine de Malraux est réduite à un an et huit mois avec sursis, sans interdiction de séjour au Cambodge, celle de son ami à huit mois, également avec sursis. De retour en France, Malraux se pourvoit en cassation dans l’espoir d’obtenir la restitution des bas-reliefs. L’arrêt d’appel sera annulé par la Cour de cassation en 1925 et un nouvel arrêt sera rendu le 11 mai 1926. Il demeure quelque temps à Paris au 39 boulevard Edgar-Quinet. C’est là qu’il fait ses débuts à la Nouvelle Revue Française et rencontre Pablo Picasso. Il décide cependant de regagner l’Indochine, et, pour financer leur voyage, André et Clara Malraux vendent des tableaux, parmi lesquels de faux Picasso et de faux Derain. Ils bénéficient aussi d’une aide financière de Fernand Malraux, son père. Ils s’embarquent pour Saïgon en troisième classe en février 1925. Pour conserver à son arrivée en Cochinchine toute la dignité qui convient à quelqu’un venu en découdre avec les plus hauts personnages d’Indochine, Malraux débarque avec Clara à Singapour, rejoint Bangkok par le train et s’embarque à nouveau — mais cette fois, en première classe — pour Saïgon.

Comment n’a-t-on pas fait entrer André Malraux au Panthéon ? « Entre ici, André Malraux... ».

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Z
ah j'adore! finalement il faudrait continuer à confier ce ministrat à des voyous,ils en feraient peut être un truc sympa ...
oui finalement ce De Gaulle avait de bons côtés
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Y
De Gaulle avait de l’humour. Mais il se prenait pour ce qu’il n’était pas, l’incarnation de la Nation. Et quand il a démissionné, personne n’a tenté de le retenir, le peuple était fatigué de lui.