Qui devait interpréter Baskerville ?

Publié le par Yves-André Samère

Il est probable que vous avez vu le quatrième film de Jean-Jacques Annaud, Le nom de la rose, sorti en 1986, d’après un roman d’Umberto Eco (livre que je vous recommande, car Eco était une pointure). Par ailleurs, vous avez peut-être remarqué que je ne manque jamais de dénigrer les acteurs, que je déteste à peu près en bloc, et que la légende de « la grande famille du cinéma » me fait toujours marrer, sachant que, dans ce métier, on passe la moitié du temps à se déchirer à belles dents.

Et justement, Annaud, qu’on invite partout actuellement parce que TF1 diffuse son feuilleton La vérité sur l’affaire Harry Quebert, vient de publier un livre autobiographique, Une vie pour le cinéma, truffé de bonnes histoires sur les mœurs des acteurs. Au passage, il flingue également Marguerite Duras, qui, sans être actrice, était aussi imbuvable, et avec laquelle il n’a connu que des conflits, parce qu’elle n’était pas satisfaite du film qu’il avait réalisé d’après son récit, L’amant : étant elle-même réalisatrice de films, elle aurait dû savoir qu’adapter un livre pour l’écran tout en lui restant fidèle est une entreprise impossible. Même Visconti, en réalisant Le guépard, a supprimé toute la deuxième partie du roman de Lampedusa ! Mais, pour en revenir au film dont je parlais plus haut, Le nom de la rose, vous savez que le personnage principal, un religieux – un frère franciscain, et non un moine, comme il est dit dans le dialogue – nommé William de Baskerville (non, rien à voir avec le fameux chien), était interprété par Sean Connery. Or Annaud, à l’origine, ne voulait pas de Sean, trop marqué par ses rôles en James Bond, et envisageait plutôt d’engager Michael Caine. Néanmoins, une rencontre entre Annaud et Connery eut lieu, et l’acteur écossais, en lisant un passage du livre d’Eco, s’est révélé si bon qu’Annaud a changé d’avis et a décidé séance tenante de l’engager pour le rôle principal.

Or Caine tenait énormément à jouer Baskerville ! Et, furieux de voir le rôle lui échapper, il fit un procès contre la production. Les choses traînèrent, et cela dura si longtemps que le pauvre Sean Connery ne put pas toucher son salaire durant plusieurs années. Voilà ce qui arrive si on est trop bon acteur !

Quand je vous dis que les acteurs se détestent, je n’exagère donc pas.

(À vrai dire, je ne suis pas certain qu’Annaud n’a pas inventé cette histoire. Si les acteurs entre eux ne peuvent pas se piffer, il est également assez connu que la plupart des réalisateurs de cinéma mentent comme des arracheurs de dents : Claude Chabrol, Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, Patrice Leconte, Federico Fellini, Orson Welles, presque tous racontent des anecdotes complètement inventées chaque fois qu’ils rencontrent un journaliste. Et les plumitifs retranscrivent pieusement ces bobards, parce qu’ils leur fournissent de la copie)

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