Avez-vous une problématique ?

Publié le par Yves-André Samère

Plus le temps passe, plus les factures qu’on nous envoie sont prolixes et sophistiquées. Celle que j’ai reçue hier et qui concerne ma consommation de gaz occupe à présent... QUATRE feuillets, pas moins. Et l’un de ces poulets galants, intitulé Vos Conditions Générales de Vente de Gaz vont évoluer (les majuscules sont authentiques), s’étale sur les deux faces d’un de ces feuillets, dont je doute fort que quiconque le lise.

J’ai pourtant parcouru rapidement ce texte d’anthologie bureaucratique, joliment coloré de bleu pour les passages que je suppose importants, dont l’un me conseille, si quelque point me chagrinerait, de contacter par téléphone le Service Clients Gaz Tarif Réglementé (expression toujours agrémentée de majuscules, un peu comme les admirateurs de De Gaulle mettent une majuscule à « Général » pour concrétiser leur admiration), cela « afin de tenter de trouver une solution rapide à votre problématique ».

Problématique... Eh oui, aujourd’hui, on n’a plus de problèmes, on a une problématique.

Ce charabia m’a rappelé le jour où, voulant revoir le premier film de Joseph Losey Le garçon aux cheveux verts, au cinéma L’Archipel, j’avais eu le désagrément de constater que j’étais le seul spectateur adulte, et que la totalité des places avaient été vendues à une classe d’enfants d’environ sept ou huit ans, conduits là par une institutrice ayant cru indispensable de présenter le film à ses petits élèves, via un laïus de son cru, où elle avait pensé opportun de mentionner trois fois le mot thématique. Et parler de la thématique d’un film à des gosses de cet âge tendre ne lui avait pas semblé hasardeux. Résultat, les enfants, égarés, n’avaient rien compris à cette histoire pas marrante qui fustigeait le racisme et la guerre, et se sont copieusement barbés. Devant moi, une petite fille avait soupiré, à l’adresse de son voisin qui s’ennuyait tout autant : « J’aime pas, c’est triste ».

Cet enfant devait sans doute avoir une problématique sans remède.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :