Une révolte plus grave que Mai-68

Publié le par Yves-André Samère

J’ignore si quelqu’un aura l’idée de partager mon opinion au sujet de la révolte dite « des Gilets Jaunes » qui agite en ce moment le pays, et qui en est à sa huitième semaine. Mais je prétends qu’elle est plus grave que « les évènements », comme on disait alors, de Mai-68. Et voici pourquoi je le pense.

Premier point : ce qui se passe en ce moment dure beaucoup plus longtemps que les troubles de Mai-68. Sauf erreur, la révolte actuelle a dépassé en durée un mois et demi, et ce n’est probablement pas terminé. En 1968, tout n’avait duré qu’un mois, et avait cessé lorsque la pénurie d’essence dans les stations-services, due à la grève générale, avait pris fin.

Deuxième point : Macron a contre lui une cohorte de Français qui n’ont rien à voir avec la modeste agitation des étudiants de 1968. En 2018-2019, ce sont les pauvres, les chômeurs, les mal-logés, les gens de cœur que révolte son indifférence au sort des migrants, et les citoyens outrés des éternelles leçons de morale qu’il inflige à tous ceux qui ne le respectent pas suffisamment, et voudraient bien lui faire une conduite de Grenoble.

Troisième point : cette fois, Macron est directement visé, car il a réussi cet exploit de se faire détester, en raison de son arrogance et son attitude méprisante à l’égard des pauvres, par 80 Français sur cent. En 1968, on ne haïssait pas vraiment De Gaulle, qui était tout sauf arrogant ou méprisant. On le trouvait simplement un peu gâteux, et on souhaitait qu’il prenne enfin sa retraite, sachant bien, d’ailleurs, que son successeur ne pouvait être que Pompidou, qui rassurait, à tort ou à raison. Face à cette perspective, De Gaulle a feint d’ignorer cette perspective et a fait la sourde oreille, mais, moins d’un an plus tard, ayant organisé un référendum-prétexte dont il se doutait bien qu’il y récolterait « un Non franc et massif », il a effectivement démissionné (et a quitté l’Élysée sans se présenter à la cérémonie de passation des pouvoirs ! Façon bien à lui et peu courtoise de snober son successeur).

Quatrième point : en Mai-68, il n’y a eu aucun mort, car le préfet de police, Maurice Grimaud, qui avait un passé de gauche, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que la police modère ses élans violents. Aujourd’hui, sous Macron et Castaner, nous en sommes déjà à onze morts. Eh oui, tout augmente !

Cinquième point : en cas de troubles graves, De Gaulle avait sollicité l’appui du général Massu, qui, gaulliste de cœur, n’aurait jamais osé le lui refuser (bien qu’ayant été limogé injustement, et sous un prétexte ridicule, de son commandement en Algérie, il avait été nommé loin de là, en Allemagne, à un poste d’importance mineure). Tout au plus, Massu lui a fait un peu de chantage, et a exigé qu’on libère aussitôt le dernier général putschiste, Raoul Salan, encore en prison à Tulle, ce qui avait forcé De Gaulle d’avaler son képi. Mais Macron, qui s’est mis à dos toute l’armée de métier, ne pourra pas compter sur elle.

En somme, il est au bord du gouffre, et son départ, s’il a lieu, ne sera regretté par personne.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Ce qui me choque le plus, c'est que ces 11 morts générés par cette révolte et sa répression passent complètement à la trappe. Tout le monde s'en fout. Mais zut, 11 morts !
Il paraît que ce sont des "dégâts collatéraux". Dites cela aux proches de ces victimes, ils seront ravis.
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Y
Preuve que le pays et ses habitants deviennent insensiblement de plus en plus égoïstes et cruels. Il faut en conclure que nos gouvernants sont des incapables et ont tout raté.