De quelques euphémismes

Publié le par Yves-André Samère

Nous vivons dans l’ère des euphémismes. Les euphémismes servent à remplacer les mots exprimant une réalité qu’on estime trop dure. Et donc, ils permettent de supprimer le plus possible de nos conversations les mots que l’on considère comme « négatifs ». Or, même ces vocables nouveaux finissent malgré tout par désigner la réalité, qui demeure pénible, de sorte qu’il faut sans cesse créer de nouveaux euphémismes. On n’en finira donc pas.

Voici quelques-unes de ces béquilles sémantiques :

- les vieux. Ce mot est devenu insupportable, puisqu’il y a de plus en plus de vieux, qu’ils gênent, mais que l’euthanasie n’a pas encore atteint le point du film Soylent green (en français, Soleil vert, titre d’ailleurs absurde, puisque, à ma connaissance, Soylent n’a jamais signifié « soleil » !). En attendant, les vieillards ont été rebaptisés successivement « personnes âgées », puis « personnes du troisième âge », et à présent, « seniors ». Ils n’ont donc plus aucune raison de se plaindre, même si on envisage de raboter leur retraite quand ils ne sont pas présidents d’une firme du CAC 40.

- les massacres commis par l’armée des États-Unis, ainsi dénommés lorsqu’aucune victime n’est citoyenne de ce pays. On préfère dire « frappe chirurgicale », c’est plus convenable.

- les pauvres. Ces sagouins gênants ont bien mérité de se voir rebaptisés « économiquement faibles », puis « défavorisés », puis « fragilisés », avec la variante « SDF » quand ils ont le culot d’encombrer les trottoirs lorsqu’ils dorment dans la rue.

- les jeunes en difficulté. On a pensé à faire original, et ils sont devenus des J.A.M.O. (« jeunes avec moins d’opportunité »), puis des J.A.M.P. (« jeunes avec moins de possibilités »).

- les quartiers pauvres. De nos jours, ils ont disparu, puisque ce sont à présent des « quartiers défavorisés », voire des « quartiers sensibles ». Et être sensible, on en dira ce qu’on voudra, c’est une qualité.

- les pays sous-développés. C’était moins hypocrite à l’origine, mais ils n’ont plus à se plaindre, à présent que ce sont des « pays en voie de développement », voire des « pays émergents » (c’est très beau, ça fait penser à des rescapés des sables mouvants).

- la domination masculine. Complètement disparue, depuis qu’elle se nomme « inégalité hommes-femmes ».

- les filles-mères. Il n’y en a plus, on ne trouve désormais que des « mères célibataires ».

Ouf. Comme disait Pangloss, « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Oh, il y en a tellement : "personnes en surpoids" au lieu de "grosses", et les "nègres" qui sont devenus "noirs", "blacks", "afro-américains", les "handicapés" qui sont devenus "personnes en situation de handicap" (ouf), les "nains" qui sont devenus "personnes de petite taille", etc....
C'est navrant.
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Y
Et je n’ai pas tout dit, on en trouve bien d’autres.