« La mort d’Agrippine »

Publié le par Yves-André Samère

C’est par hasard que, la semaine dernière, en achetant à la FNAC La mort d’Agrippine, j’ai découvert l’existence de cette tragédie du dix-septième siècle écrite par... Cyrano de Bergerac (signalons au passage que lui-même signait « Savinien de Cyrano Bergerac », sans aucune particule avant Bergerac), sa seule tragédie, publiée, pense-t-on, en 1653, un ou deux ans avant sa mort, et qui, une fois jouée, fit scandale parce que truffée de répliques « impies ». Cette impiété, qui était propre à l’auteur athée de la pièce, étant incarnée par le personnage de Séjanus, francisé aujourd’hui en Séjan, et dont le nom est partout mal prononcé (il faudrait entendre « Sé-ia-nousse »).

Drôle de pièce, presque jamais jouée, au style pré-racinien, qui raconte une conspiration : Agrippine l’Aînée, veuve du héros Germanicus, fils adoptif de l’empereur Tibère, cherche à venger la mort de ce mari qu’elle a aimé. Or Séjanus, le favori de Tibère, se dit amoureux d’elle et offre de tuer l’empereur... dont il est le confident. Mais lui-même est aimé de Livilla, sœur de Germanicus, belle-sœur d’Agrippine, et prête au crime pour lui.

Cette pièce, où tout le monde ment – y compris le titre, puisque Agrippine ne meurt pas –, est mise en scène par Daniel Mesguich, un metteur en scène qui est le contraire d’un homme simple, et qui multiplie les bizarreries : pas de rideau, costumes somptueux mais pas de décor ni d’accessoires, hormis un fauteuil et une table qui servira courtement pour un repas ; Tibère joué par une femme et allumant une cigarette dans l’avant-dernière scène, et Cornélie, la confidente d’Agrippine, par un homme ; et ce curieux procédé qui consiste, lorsque deux personnages dialoguent en scène, à faire mimer à tour de rôle les répliques de l’un par son partenaire, par le seul mouvement de ses lèvres mais sans émettre aucun son, ce qui accentue l’étrangeté de la situation. Étrangeté portée au paroxysme par l’épilogue le plus bref de tout le théâtre, dans lequel Nerva, confident de Tibère et futur consul, annonce à Tibère, dans une scène ultra-brève, que Séjanus et Livilla ont été mis à mort selon les ordres de l’empereur. Dialogue :

 

TIBÈRE - Sont-ils morts l’un et l’autre ?

NERVA - Ils sont morts.

TIBÈRE - C’est assez.

 

Fin de la pièce, qui a surpris pas mal de spectateurs ! (Moi, j’en avais lu le texte avant d’aller au théâtre Dejazet hier soir, donc j’étais prévenu)

De Cyrano, je n’avais vu (à Casablanca !) que sa comédie Le pédant joué, où Molière avait piqué la célèbre réplique « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ».

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

C
C'est plein de fautes ; et j-oublie des mots ex: on avait PAS moyen . Il est vrai que j'ai l'age de Boutéflika mais , samedi , à la télé chez Ali Badou, l'invité principal c'était Edgar Morin 97 ans , un vrai gamin ! moi je suis gâteux à coté ? Je vous écris sur Enthoven , sur Michel Legrand mais je ne sais plus où , donc je ne sais pas se que vous een pensez !
Répondre
Y
C’est peut-être que je n’en pense rien ! Ça m’arrive.
B
Moi qui est fait du latin chez les curés , à Stanislas , pour Trajan ils disaient comme Jean; on doit rectifier en Trayane ? Les "bons" pères, pourtant nous disait qu'on avait moyen de connaitre la prononciation ,contrairement au Grec ( que je n'ai pratiquer qu'un an) . 2 écoles cohabitaient : prononcer en "oum" ou en " " homme"Ex: FATUM ,:toum ou tom !
Répondre
Y
Nos ministres de l’Éducation nationale sont en général assez ignares. On en a connu un, Xavier Darcos, élu en 2013 à l’Académie française (!), qui a démontré, dans une émission sur Canal Plus, qu’il ne savait pas faire une règle de trois. Et un autre, dont j’ai oublié le nom – mais peut-être le même –, qui ne connaissait pas la surface d’un hectare.
D
Entièrement d'accord. Le latin ne sert à rien, si ce n'est qu'il vous accompagne toute votre vie pour comprendre et aimer la langue française, sans compter la fenêtre qu'il ouvre sur les autres langues latines, comme l'italien ou l'espagnol.
Un ami irlandais enviait les français d'avoir la possibilité d'accéder à leur langue originelle. Moins sot que l'Education Nationale !
Y
Si on devait toujours se conformer à ce qui “se fait” aujourd’hui, on deviendrait tous des arriérés mentaux. Merci bien, ce sera sans moi.
D
Cette désaffection ne date pas d'hier (à quoi bon enseigner une langue morte, hein ?). Déjà, sur six classes du même niveau, nous n'étions que 20 à suivre les cours de latin. Et nous n'étions que 15 à le passer au bac. Alors, quarante ans après...
Y
Comme quoi, nous avons le meilleur ministre de l’Éducation nationale.
D
Oh, je crois surtout que le problème est résolu : on n'enseigne pratiquement plus le latin.
Y
Comme quoi, on a toujours tort de s’aligner sur ce que fait la majorité (du moment).
D
Ma mère, élevée chez les bonnes soeurs, disait "fatom". Une génération plus tard, bien que moi aussi chez les bonnes soeurs, on m'a appris à dire "fatoume".
Y
Oui, la prononciation habituelle du latin est celle du latin de cuisine, c’est-à-dire des prêtres catholiques. Et “fatum” se disait bien “fatoume”.
D
J'imagine que les mises en scène de l'époque seraient difficilement supportables de nos jours, ne serait-ce que par la prononciation qui n'était pas exactement la même, mais de là à rendre encore plus obscure une pièce qui me semble déjà... compliquée, il y a la place pour quelque chose de plus conventionnel.
Mais que dis-je là ? Il faut absolument "réinventer" "rénover" et le pire "revisiter"...
Et tant pis si le public n'y comprend rien, qui dit "adorer" de peur de passer pour des crétins.
Répondre
Y
Une mise en scène classique m’aurait certainement attiré, c’est certain. L’ennui, c’est qu’on ne le sait pas à l’avance, à moins de connaître déjà les manies du metteur en scène. Je suis sûr, en tout cas, que je ne reverrai jamais un travail de Daniel Mesguich !

Mais j’y suis allé pour Cyrano.
Y
La salle du Déjazet était presque vide. Je m’attendais à ne pas trouver de place, parce que je désirais un premier rang d’orchestre. Or le directeur de la salle, un homme charmant qui m’avait invité il y a quelques années, et que j’ai eu au téléphone, m’a réservé immédiatement ce que je voulais, et pour le jour même, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Quant à l’aspect avant-gardiste de la mise en scène, je ne suis pas sûr que Cyrano l’aurait apprécié. Mais il fallait en passer par là, puisque cette pièce n’est jamais jouée ! Je me demande ce que les lycéens, amenés en foule à ce spectacle par un de leurs professeurs, en ont pensé.
D
Justement, je me demande si une mise en scène, disons, classique, n'aurait pas attiré plus de spectateurs. Mais les critiques auraient sans doute sorti le lance-flammes en disant que cette "vision" de la pièce est trop conventionnelle.
Aucun metteur en scène n'oserait de toute façon faire ce genre de prouesse, au risque de perdre leur statut d'artiste contemporain.