Les anglicismes

Publié le par Yves-André Samère

Hier, j’ai rédigé un article sur les euphémismes, sans d’ailleurs épuiser le sujet (j’étais moi-même épuisé, après ce travail). Or je trouve qu’il y a pire que les euphémismes, ce sont les anglicismes. Non que j’aie quoi que ce soit contre la langue anglaise, mais les anglicismes sont beaucoup plus nombreux et envahissants que les euphémismes. Et : non, je ne suis pas en train de dire que l’anglais « nous envahit », comme le prétend le parti d’extrême droite à propos des migrants, attendu que le français est encore plus envahisseur de l’autre côté de la Manche !

Voici donc une pincée d’anglicismes, cette pincée ne cherchant qu’à critiquer les Français qui en abusent, parce qu’ils croient que leur emploi permet de faire croire qu’on se situe plus haut dans l’échelle sociale. Oui, c’est plus class...

- le job. Le mot remplace l’expression petit boulot, tombée en désuétude depuis que le boulot a cessé d’exister, croit-on, alors qu’il suffit de traverser la rue pour en trouver.

- le clean up. Parler de nettoyage, ou dire qu’on fait le ménage, fera de vous un champion de la ringardise.

- le turn-over. Ce terme barbare signifie qu’il y a de la difficulté à faire son travail. Ce langage est d’autant plus périmé que la difficulté a complètement disparu de nos horizons, depuis que le « C’est difficile » a laissé la place au « C’est pas évident ».

- le manager, le leader ou le coach se sont coalisés pour désigner le chef – ou l’entraîneur, chez les sportifs.

- la team. Parler d’équipe, c’est carrément ringard. Ce mot désuet n’est plus utilisé que pour désigner le gouvernement.

- le management. Naguère, on parlait d’organisation, ou de direction du personnel. Mais plus personne ne dirige quoi que ce soit.

- le win-win. Vous avez deviné, c’est l’équivalent du gagnant-gagnant, qui fait désormais un peu gnan-gnan. Car nous sommes tous des winners, désormais.

- la baseline. Autrefois, dans une galaxie très lointaine, c’était la ligne de base, la signature d’une annonce publicitaire.

- la formule tout-compris. Vous plaisantez ? C’est tellement mieux de dire all inclusive. Là, au moins, tout le monde comprend.

- la gouvernance d’entreprise. Dépassé ! On doit dire corporate governance, sinon, on vous regarde avec des yeux ronds, et vous serez en danger d’être licencié. Pardon, d’être fired.

- une rencontre. Cela ne se fait plus du tout, depuis qu’il y a des meetings et qu’on fait du rencontring.

- courir. Il ne vous a pas échappé qu’on fait désormais du running.

- manger. Dans le même ordre d’idée que le running, on préfère le fooding. La preuve, une revue en français s’appelle désormais « Fooding ». Non, je ne l’ai jamais achetée.

- la biographie filmée. Relève de la préhistoire. Écoutez, dans les radio-télés, les émissions qui parlent de cinéma, on n’y emploie plus que le mot biopic.

- un Noir. Vous rigolez, ça fait raciste, et vous vous feriez lyncher si vous vous serviez de ce mot. Vous avez d’autres choix : un Black, ou une personne de couleur. Sans préciser la couleur, sinon vous retomberiez dans la remarque précédente.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 26/04/2019 17:51

D'après ce que j'ai connu en entreprise, le mot "turn-over" signifie qu'il y a beaucoup de départs de personnel dans une équipe, ce qui est mal vu par les directeurs, car ça dénote une faille dans la gestion du personnel. C'est essentiellement dans les services commerciaux.

Yves-André Samère 27/04/2019 08:19

Il y a donc plusieurs significations. Je le note, mais ça ne me servira pas beaucoup, sachant que je n’utilise aucun de ces anglicismes  : j’ai ce défaut de ne parler que le français !

Matheo 26/04/2019 17:11

La team gouvernementale...

Yves-André Samère 26/04/2019 17:29

Il faut bien !