« Qui a tué Roger Ackroyd ? »

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, Arte a diffusé un pseudo-documentaire de cinquante minutes environ, Agatha Christie contre Hercule Poirot, avec comme second titre Qui a tué Roger Ackroyd ?. Il s’agissait en réalité d’une fantaisie dans laquelle un metteur en scène de théâtre mettait en scène une adaptation du fameux roman d’Agatha Christie, et comprenait que l’explication d’Hercule Poirot à la fin de ce roman ne tenait pas debout, attendu que le véritable assassin n’était probablement pas le narrateur de l’enquête, le docteur Sheppard. Un « truc » qui, à ma connaissance, n’a été utilisé que cette seule et unique fois dans l’histoire des romans policiers.

(À vrai dire, ce petit film n’était pas très convaincant, car il s’égarait en racontant, sur la moitié de sa durée, le fait divers de la disparition d’Agatha Christie elle-même, qui, en 1926, avait fait une fugue durant dix jours, après avoir découvert que son mari, Archibald Christie, la trompait avec sa secrétaire – épisode n’ayant rien à voir avec le roman policier nommé dans le titre)

Il se trouve que l’hypothèse d’Hercule Poirot se trompant d’assassin a fait l’objet d’un livre du critique et psychanalyste Pierre Bayard, Qui a tué Roger Ackroyd ?, que j’ai lu il y a quelques années, et dont la conclusion était que le crime avait été commis, non par le docteur Sheppard, mais par sa sœur Caroline, qui désirait protéger son frère, lequel avait déjà tué la maîtresse d’Ackroyd, une voisine nommée Mrs Ferrars, pour éviter audit frère un chantage opéré par cette Mrs Ferrars. Et si vous n’avez pas lu le roman de Dame Agatha, je vous engage à le lire, c’est passionnant, comme presque tout ce que cet auteur a publié (66 romans, que j’ai tous lus, et pas mal de nouvelles).

Or, inséré dans le commentaire de ce film, on trouve cette affirmation : personne, jamais, n’a deviné le coupable des romans d’Agatha Christie ! C’est presque vrai. En effet, Le meurtre de Roger Ackroyd est le seul roman pour lequel j’ai soupçonné, à la première lecture, que le coupable était le docteur Sheppard. Je ne suis pas en train de faire le malin et de vouloir passer pour plus intelligent que je suis, mais c’est exact, et c’est la seule fois où la vérité m’a sauté à la figure. Je vous explique.

Cela se passe au chapitre 4 du roman, chapitre intitulé Dîner à Fernly Park (c’est le nom de la maison où vivait Roger Ackroyd). Le propriétaire des lieux a une longue discussion avec son voisin le docteur Sheppard, discussion rapportée par le docteur lui-même, et dont l’objet est le suivant : Sheppard a reçu une lettre de Mrs Ferrars dans laquelle elle lui annonce qu’elle va le dénoncer à la police – peu importe pourquoi –, et il la lit au docteur, mais sans terminer sa lecture, bien que le docteur l’ait engagé à poursuivre cette lecture. Ackroyd refuse malgré l’insistance du docteur, qui raconte alors au lecteur ce qui, selon lui, s’est passé ensuite : « La lettre lui avait été remise à 9 heures moins 20. Il ne l’avait toujours pas lue quand je le quittai, à 9 heures moins 10 exactement. J’hésitai un instant sur le seuil, la main sur la poignée, et me retournai en me demandant si je n’oubliais rien. Non, apparemment. Je n’avais plus rien à faire ici. Résigné, je quittai la pièce et refermai la porte derrière moi ».

Ce trou de dix minutes avant le départ du docteur Sheppard m’avait paru suspect : qu’avait-il fait pendant ces dix minutes ? Il était évident qu’il n’avait pas été inactif, et qu’il avait tué Ackroyd durant ce laps de temps !

Pierre Bayard a aussi démontré ce qu’il dit être la vérité dans Hamlet, de Shakespeare, et dans un autre roman d’Agatha Christie, Dix petits nègres. On n’est pas obligé d’être de son avis, que ces œuvres dissimulent la vérité, mais c’est tout aussi intéressant.

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