Au cinéma : horreur, répugnance et fascisme

Publié le par Yves-André Samère

On dit que beaucoup de personnes ont peur au cinéma. Moi, même dans l’enfance, aucun film ne m’a jamais fait peur, et cela ne risquait pas de s’aggraver, parce que je sais comment on les fait. En revanche, je suis souvent agacé quand un réalisateur de films d’horreur veut me faire sursauter en introduisant brusquement un objet inattendu dans le cadre de l’écran, en général assorti d’un violent coup de cymbales sur la bande sonore pour mieux souligner le procédé. On prend les spectateurs pour des imbéciles ?

Je ne pleure pas non plus pendant les scènes tristes. Une seule scène, à ma souvenance, m’a profondément attristé, c’était dans le film Cabaret. On y voyait ceci : la caméra démarrait sur le visage très beau d’un jeune garçon en train de chanter. Puis elle reculait lentement, et on découvrait qu’il portait l’uniforme des Jeunesses hitlériennes. Tout était dit sans être souligné par quelque coup de cymbales que ce soit, et montrait toute la saloperie du nazisme, qui a enrôlé des centaines de milliers de très jeunes gens pour en faire de futurs massacreurs.

En revanche, je suis facilement écœuré par les scènes répugnantes. Le pire film que j’ai vu était dû à Pasolini, transposé à l’époque de Mussolini (1943-1945, voir ICI) à partir d’un roman scandaleux de Sade, Salò ou les 120 journées de Sodome, film sorti en 1975, et qui a d’ailleurs été sévèrement condamné sur France Inter par Michel Ciment dans l’émission Le masque et la plume, Ciment étant habituellement plutôt calme et peu porté à l’indignation. Or ce film, qui montrait constamment des jeunes gens, garçons et filles, entièrement nus, traités en esclaves sexuels par un quatuor de fascistes, puis abominablement torturés (langue coupée, poitrine brûlée au fer rouge, œil arraché), et forcés à manger les excréments de leurs tortionnaires, avant d’être mis à mort, avait été exécuté – lui aussi – par Michel Duran, critique de cinéma au « Canard enchaîné », qui avait écrit que les spectateurs « n’avaient pas besoin de voir des jeunes gens obligés de manger de la merde pour être dégoûtés du fascisme ». Comment mieux dire l’ignominie ?

(On raconte que ces scènes horrifiques ont été tournées à Cinecittà dans une ambiance de rigolade permanente. Ça n’excuse rien, évidemment. Quand il prenait à Pasolini le désir de montrer des garçons tout nus, il était mieux inspiré en adaptant le Décaméron ou Les mille et une nuits)

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