Comment devient-on Napoléon ?

Publié le par Yves-André Samère

J’ai pas mal hésité avant de regarder, d’ailleurs en différé, l’émission datant de 2015 que Bern présentait sur le thème Comment devient-on Napoléon (à mon avis, ce n’est pas indispensable, de devenir Napoléon). Or, une fois visionné, il m’est apparu que ses auteurs se sont montrés experts dans l’art d’éviter les détails gênants. En voici donc quelques-uns.

Présenté comme le fils de Charles Bonaparte, il est assez probable que sa mère Laetitia, née Ramolino, ayant été la maîtresse du comte de Marbeuf, avait fait de ce dernier le père de son fils bien-aimé. Bien entendu, mieux vaut ne pas ébruiter cette histoire ! Il y a encore des bonapartistes qui n’aiment pas beaucoup qu’on révèle ce détail.

Autre détail qu’il importe de censurer sans hésiter, le fait que le patriote prodige a écrit un jour que la Corse était « une verrue sur le visage de la France ». Peut-être parce que les Corses ont surtout, à son époque, idolâtré le grand homme de l’île, Pascal Paoli, né quarante-trois ans avant lui, et créateur de la première Constitution corse. C’est Paoli qui, le premier, a donné le droit de vote aux femmes, ce que Bonape a sans doute oublié de faire. Une fois au pouvoir, Bonaparte n’est jamais retourné en Corse.

On a fait à Bonaparte une réputation de « séducteur » très exagérée, car il détestait les femmes, les considérait comme des jouets jetables, et n’avait aucun appétit envers elle. Finalement, on raconte souvent que son autopsie a révélé que ses organes sexuels étaient minuscules, « comme ceux d’un enfant », aurait écrit le médecin-légiste – mais lequel ? Il y a eu QUATRE rapports d’autopsie, je les ai tous lus attentivement, et aucun ne mentionne ce détail ! Mais peut-être que le texte de Michel Larivière – ancien comédien, conférencier, qui a collaboré depuis 2015 à l'émission présentée par Stéphane Bern – était exact, qui rapporte que Junot, ayant longtemps hébergé Bonaparte pendant quatre mois et demi dans sa propre chambrette, en était tombé amoureux, et que ce sentiment avait été réciproque durant des années, avant que son cher et tendre, dont il conserva 152 lettres dans un coffre, devenu général, puis Premier Consul, puis empereur, tout en lui accordant des faveurs exceptionnelles, n’avait cessé de l’éloigner de sa personne, car Junot était devenu encombrant, avant de sombrer dans la folie et de se suicider.

Pas davantage question non plus de trop insister sur le fait que Bonape fit tirer au canon contre les insurgés qui s’opposaient à la Convention. Un hors-d’œuvre avant les tueries ultérieures et le fait incontestable qu’à Jaffa, il fit exécuter trois mille prisonniers, avant de faire empoisonner ses propres soldats malades, qui l’encombraient. Le tout avant de déserter, en Égypte, parce que son épouse Joséphine, restée à Paris et qui le trompait (c’est Junot qui lui apprit la nouvelle), lui avait inspiré l’intention de divorcer, ce qu’il ne fit pas, en fin de compte, avant d’avoir eu la preuve, par une de ses maîtresses, qu’il pouvait devenir père – ce dont même sa famille commençait à douter. C’est ainsi qu’il divorça, épousa une autre femme, qui lui donna un fils, le duc de Reichstadt, « l’Aiglon ».

Le fameux Code civil dont on lui attribue le mérite ? Il a été entièrement rédigé par Cambacérès, autre homosexuel de l’Histoire, qui travailla dix ans à préparer le fameux Code (2281 articles) ! Bonape ne s’est intéressé qu’aux articles sur le divorce et la filiation, on devine pourquoi.

Le tableau peint par David montrant son couronnement d’empereur à Notre-Dame ? Il est mensonger : ce tableau montre que sa mère y assistait. Or elle l’a boycotté, car elle détestait Joséphine, que ses filles haïssaient tout autant.

Enfin, comment oublier qu’il a fait assassiner un aristocrate opposant, le duc d’Enghien, qui n’avait aucune activité subversive depuis l’Allemagne où il s’était exilé ? Précédant ainsi son lointain successeur De Gaulle faisant enlever dans le même pays son opposant l’ex-colonel Argoud, afin de l’emprisonner en France et de le faire juger, Bonaparte, pas encore empereur et qui cherchait un coupable pour l’attentat de la Rue Saint-Nicaise, l’a fait enlever par mille hommes, avant de le traduire devant un tribunal à Vincennes, où l’on avait monté une parodie de procès, sans avocat, et de le faire fusiller dans les minutes qui ont suivi le verdict. C’est ensuite qu’il s’est fait couronner empereur, afin de bien montrer que l’État, c’était lui !

En somme, authentique fripouille, il s’est pris pour Louis XIV.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 17/08/2019 20:32

Sans compter qu'il a mis l'Europe à feu et à sang, et sacrifié une génération d'hommes. Bravo, faire tout cela en 15 ans !
Je n'ai jamais compris l'admiration que certains vouent à cet homme.

Yves-André Samère 17/08/2019 22:35

Des cyniques qui pensent que la fin justifie les moyens, et que la “gloire” suffit à tout compenser, y compris le crime. Je déteste Napoléon depuis toujours.