L’odyssée du crayon à mine de plomb

Publié le par Yves-André Samère

Elles sont ridicules, chaque année au mois d’août, ces émissions de radio-télés sur la rentrée scolaire, agrémentées de leurs sempiternelles jérémiades sur les fournitures scolaires, toujours trop abondantes, toujours trop chères. Parents, soyez intelligents, et cessez d’écouter les exigences de vos enfants et les caprices de leurs maîtres et professeurs, car ce ne sont rien d’autres que des caprices : ces classeurs avec feuilles à petits carreaux, ces douzaines de cahiers, ces accessoires de géométrie – compas, rapporteur, double décimètre –, qui ne feront pas mieux que ceux de l’année précédente (sans compter le récurrent cartable, comme si un cartable de l’an passé pouvait s’être « usé » au bout d’un an !). Et les vêtements de vos chérubins, qui seraient déshonorés à jamais si ces frusques n’étaient pas renouvelés à chaque mois de septembre ? Tout ça est grotesque.

Lorsque, à l’âge de quatorze ans, faute de classes de seconde dans notre petit patelin, il fallut me résigner à entrer en internat, ma nouvelle école (que je bénis rétrospectivement, car, en dépit du premier trimestre de brimades, encouragées par le directeur et les surveillants parce que cela favorisait la cohésion de la promotion, elle semblait le paradis) avait fourni à tous les nouveaux une liste de fournitures prétendues indispensables pour nos études futures. Dans tout ce fatras figurait un « crayon à mine de plomb » ! Ma mère avait exploré toutes les papeteries de la ville (au nombre considérable de deux), or aucun des vendeurs n’avait jamais entendu parler d’un crayon de cette espèce ! Il me fallut, la crainte au ventre, me résigner à prendre le car pour la grande ville sans le précieux crayon. Mes études allaient-elles être compromises ? Allais-je au devant d’un échec retentissant au bac, trois ans plus tard ?

Eh bien, vous vous en doutez, aucun de mes professeurs n’a jamais exigé ni même vérifié que le mythique crayon à mine de plomb figurait dans ma trousse. Aucun de mes camarades n’en avait non plus, et tout le monde s’en fichait.

J’ai bien décroché mon bac, merci (je vous sentais inquiets).

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Crayon à papier, crayon de bois. Maintenant c'est du graphite, mais avant c'était un alliage de plomb et d'autres métaux. On dit encore, mais rarement, "mine de plomb", En tout cas, votre histoire est jolie, bien que j'en mesure l'angoisse !
J'ai eu cette angoisse, et les réprimandes de l'institutrice, quand ma mère m'a acheté non pas des plumes fines Sergent Major, mais de celles qui faisaient les pleins et les déliés. Comme je n'étais pas douée, beaucoup de pleins (d'encre). Résultat : un carnage. Je n'osais pas dire à ma mère qu'elle s'était trompée et, surtout, qu'il fallait me racheter d'autres plumes.
Répondre
Y
Si vous aviez vu mon écriture dans l’enfance ! Or elle a empiré. J’ai réussi à battre mon record.