La passion des escaliers

Publié le par Yves-André Samère

Touristes étrangers, mes amis, vous qui croyiez innocemment venir à Paris afin de vous enjoliver l’intellect (j’aime beaucoup cette expression, créée, je crois, par Montherlant dans son roman Les bestiaires, et si je me trompe, détrompez-moi gentiment), en visitant de magnifiques monuments comme les tours du Front de Seine, voire Notre-Dame (hélas, carbonisée, polluée au plomb, elle ne renaîtra pas avant un ou deux siècles PUISQUE Macron a promis qu’elle sera rendue intacte avant 2024, or Macron ne saurait se tromper ni nous tromper), ou régaler vos oreilles en allant entendre de la bonne musique, quelle erreur ! Sur ce dernier point, vous connaissez mal Paris, car les deux opéras ainsi que le Théâtre des Champs-Élysées ferment en été pour trois mois (le Théâtre de la Ville a déménagé pour des mois à l’Espace Cardin, près de l’Ambassade des États-Unis), les théâtres font de même et préfèrent vous envoyer à Londres, où leurs homologues ne ferment jamais. Donc, renoncez, vous ferez mieux. Au cas où vous insisteriez pour vérifier si le métro de Paris est aussi pimpant que celui de Moscou, votre déception serait amère, attendu que, là aussi, des pans entiers du trajet sont fermés sur des distances gigantesques, et vous vous ruinerez en taxis.

Un exemple ? À votre service !

Considérez plutôt deux stations très centrales, Châtelet-les Halles et Châtelet. Cette ressemblance de dénomination est conçue afin de vous égarer, car la première est à UNE station au sud de celle d’Étienne-Marcel, alors que la seconde est à DEUX stations. Or, entre les deux, si vous faites la jonction à pied, vous devrez vous offrir un parcours digne du Marathon de New York, avec en prime un trottoir roulant de seulement cinq cents mètres ; et si vous choisissez de rester dans le métro pour cette station supplémentaire, vous tomberez sur un quai totalement dépourvu de cartes et de panneaux de signalisation. De sorte qu’à moins de trouver un voyageur complaisant ou, dans un couloir, un des rares employés chargés de guider les personnes égarées, par exemple afin de dénicher la ligne 7, vous errerez ad vitam aeternam, de couloirs en escaliers démesurés, et finirez par mourir dans un coin, désespérément seul et abandonné de tous. (Et vous vous serez aussi payé le trottoir roulant)

Moi aussi, j’ai eu ma période d’innocence, et cru pouvoir me rendre au Louvre par cette fameuse ligne 7, qui y passe justement. Or, lisez – RElisez, comme vous faites souvent avec Proust – le paragraphe précédent, et tenez compte aussi que le Louvre, également, est devenu un piège : on peut y entrer, mais, cela fait, on ne peut plus en sortir, attendu que l’escalator montant qui permettait cette sortie a été condamné, et que, après avoir emprunté en désespoir de cause la galerie marchande (un demi-kilomètre à se cogner contre les acheteurs de souvenirs), vous regretterez de ne pas avoir emporté avec vous une corde et un piolet, seuls accessoires permettrant de gravir l’escalier final, qui ne compte QUE soixante marches et ne possède aucune rampe pour vous y cramponner. Certes, à la station Place Monge, toujours sur cette ligne maudite, l’escalier compte cent marches, donc on se console.

Tout Paris a été conçu par un fou sadique, obsédé par les escaliers. Il y existe même une rue entière, la rue des Degrés, qui n’est qu’un escalier de quatorze marches et ne compte aucun numéro d’immeuble !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Pendant presque un an, j'ai eu des difficultés à marcher. Monter un escalier était impossible si je ne pouvais pas m'aider de la rampe. Même si maintenant je peux les monter sans problème, je regarde les escaliers d'un autre œil ! Je plains les parisiens.
Répondre
Y
Je vous comprends. À Paris, c’est infernal. Le métro a été très mal conçu, et c’est la géhenne que de s’y déplacer. On hésite à se fourvoyer dans ce piège à loups.
G
Un petit relâchement ? : " vous qui croyiaient ".
Salutations.
Répondre
Y
Je me couvre la tête de cendres. C’est décidé, je retourne à l’école. Merci, en tout cas !