La plus laide avenue du monde

Publié le par Yves-André Samère

Dans l’émission Si Paris m’était chanté que France 5 diffusera ce soir et que, selon mon habitude, j’ai visionnée par anticipation, on peut entendre Thomas Dutronc, fils de son père mais qui a d’autres inspirations, dire qu’il n’aime plus Paris (bien qu’il soit né dans le quatorzième arrondissement et qu’il vive toujours dans la capitale). Je ne suis pas loin de penser comme lui, bien que, c’est certain, jamais je n’irai vivre ailleurs. Cette ville a été saccagée (« enlaidie par les embellissements », comme a écrit, je crois, René Fallet dans un de ses romans) par le gaullo-pompidolisme, afin d’en chasser les pauvres et de spéculer sur les terrains à bâtir, opération qui a fait la fortune des gens comme ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir. Comme nul ne l’ignore, cela a commencé avec la destruction des Halles et la floraison anarchique des tours – des I.G.H. ou Immeubles de Grande hauteur, comme dans le roman de James Graham Ballard –, sur les hauteurs de Belleville, autour de la Place d’Italie, sur le Front de Seine, et un peu partout.

Et, une fois de plus, laissez-moi dire que je trouve ridicule de radoter que les Champs-Élysées soient surnommés « la plus belle avenue du mode ». J’ai détesté cet endroit dès que je l’ai découvert, lors de mon arrivée ici, et je n’y vais jamais, sauf si je dois me rendre en consultation chez ma radiologue, qui a son cabinet au delà de l’Arc de Triomphe, autre horreur. Un seul endroit m’attirait, dans ce quartier, c’était le Cinéma des Champs-Élysées, dont la particularité, curieuse et quasiment incroyable, était le prix des places, le plus bas de Paris. Évidemment, on l’a rasé, mais, juste avant sa destruction, le ticket y coûtait... deux francs, et cette salle n’en était pas moins d’un standing honorable. Je n’ai jamais su par quel miracle.

Ces miracles, aujourd’hui, n’ont aucune chance de ressurgir. Et ce n’est pas Anne Hidalgo qui va y remédier, puisqu’elle a décidé la construction d’un nouvel immeuble géant, la Tour Triangle, dans le quinzième arrondissement, qui réussit à être encore plus moche, et « devra » être terminée avant les Jeux Olympiques de 2024, selon les vœux de la sotte qui décide des innovations dans cette ville qu’elle aura impunément massacrée. Signalons que le propriétaire de cette tour sera la société Unibail, déjà propriétaire du Forum des Halles, lequel ne brille pas par ses qualités esthétiques.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Il fallait bien déplacer les Halles ailleurs, vu les besoins alimentaires de Paris. Imaginez les norias de camions... Seulement, mauvaise idée que de supprimer et détruire les pavillons Baltard, sauf un que Meudon a récupéré. Rungis est le marché alimentaire le plus important d'Europe. Imaginez ce que cela serait si on avait gardé les Halles !
Par contre, ce que l'on a fait...
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Y
Exact pour l’Hôtel-Dieu. Un peu vieillot, mais admirablement placé. Néanmoins, il sera concurrencé par le Bazar de l’Hôtel de Ville et la nouvelle Samaritaine, qui rouvrira bientôt. La gaffe, c’est qu’il est aussi le seul hôpital du centre de Paris.
D
J'ai entendu dire que l'Hôtel Dieu, ou je ne sais quel bâtiment donnant sur le parvis de Notre-Dame de Paris, serait transformé en... galerie marchande. Rien de nouveau sous le soleil.
Y
Je suis bien d’accord, la solution ne consistait pas à détruire ce qui existait et avait une valeur certaine. Mais le désir (caché) du parti au pouvoir était trop fort : il fallait à ces truands DÉGAGER un vaste terrain où bâtir un nouveau bastion intouchable permettant au passage de se remplir les poches. Moyennant quoi, il a jeté à la poubelle neuf bâtiments remarquables sur dix, et favoriser la spéculation immobilière. On a vu le résultat, les pavillons Baltard ont fait place au Forum des Halles, qui n’a profité qu’au parti gaulliste, cette bande de rapaces.