Le faux « neveu » de Napoléon

Publié le par Yves-André Samère

Il est rare qu’on parle de Napoléon III autrement qu’en le désignant comme le neveu de Napoléon Ier. Ce serait donc un crime posthume de lèse-majesté, que de mettre en doute ce lien de parenté ? Or Frédéric Mitterrand, sans trop insister, insinue discrètement que cela relève de la pieuse légende, car, aux pages 25 et 26 de son livre sur Victor Hugo et son ennemi Napoléon III, il écrit ceci (pardon pour cette citation un peu longue !) : « Certes, le roi Louis de Hollande avait finalement considéré Louis Napoléon comme son fils, malgré une longue brouille [...] avant de se réconcilier avec le seul fils qui lui restait et de lui léguer son considérable patrimoine. Mais s’agissait-il vraiment de son fils ? Il était de notoriété publique que le roi Louis avait vécu quasiment séparé, durant tout leur mariage, de son épouse, la reine Hortense, laquelle avait hérité, autant de la grâce de sa mère, l’impératrice Joséphine, que de ses penchants très libres pour les hommes d’une prestance agréable ».

C’est bien exprimé, sans doute, mais un peu vague et imprécis. D’autres ont été moins réservés, par exemple l’historien Jean Savant, auteur de nombreux livres sur Napoléon et son époque, et qui habitait Rue Louis-le-Grand (l’édition allemande de Wikipédia commet la bourde de le croire encore vivant et de lui donner un âge de 109 ans, alors qu’il est mort, quoique à une date inconnue). Or Jean Savant, incollable sur l’Histoire, avait identifié le très probable vrai père de Napoléon III, l’un des nombreux soupirants d’Hortense, et pilier de sa cour itinérante, notamment à Biarritz, le marquis de la Woestine, et publié sur ce sujet deux opuscules, en 1971 et 1972. C’était autrement convaincant que la version officielle, d’autant plus que les portraits de ce marquis, aussi général, ressemblaient parfaitement au futur empereur-bis. Horreur, ce marquis n’était pas français, mais hollandais d’origine !

Jean Savant n’était pas un plaisantin, et il éditait les Cahiers de l’Académie d’Histoire. On trouve encore et très facilement ses nombreux livres.

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