Une nouvelle presque oubliée

Publié le par Yves-André Samère

Je suis en train de lire Yoga, le livre d’Emmanuel Carrère, que d’ailleurs je n’aime pas : Carrère avait mis en scène un film totalement raté, qui s’intitulait La moustache, et dont je doute qu’il ait eu beaucoup de succès. Néanmoins, Yoga recèle un passage intéressant, que voici :

 

Misère du petit garçon d’une nouvelle de Dino Buzzati, encore une de ces nouvelles qui m’ont tellement frappé adolescent, elle s’appelle Pauvre petit garçon : c’est un petit garçon ingrat, sournois et triste [...], il est au jardin avec sa mère, tous les autres enfants se moquent de lui, le briment, l’humilient, le repoussent quand il voudrait jouer avec eux, et à la fin une dame s’en va en disant à la mère du petit garçon : « Allez, au revoir, Madame Hitler ».

 

Il se trouve que j’ai, naguère, lu cette nouvelle, dont j’avais oublié qu’elle était de Buzzati, un auteur dont je ne sais pas grand-chose, mais dont j’avais retenu seulement la phrase finale. Cette phrase, apparemment banale, expliquait en cinq mots tout un pan de l’Histoire, et j’avais estimé qu’elle valait l’œuvre entière. Peu d’auteurs ont eu une idée aussi juste.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Oui, j'ai lu cette nouvelle il y a très longtemps. Et "le baron perché" est un livre très réjouissant. Par son excentricité vraisemblable (mais si, c'est compatible).
Quant à Emmanuel Carrère, je vous admire de lire son opus. J'avoue que le genre mon nombril moi et mon nombril... J'ai apprécié son livre sur l'affaire Romans, bien écrit, rien compris à "la moustache" (je me suis ennuyée) qui raconte les tourments d'un type qui a rasé sa moustache et personne ne le remarque (mon dieu, faire tout un livre là-dessus), on sombre dans des méandres de détresse égocentrée. Bref, inégal bien qu'avec un talent certain d'écriture.
Il n'est plus dans la liste des Goncourt, ouf. Mon neveu ne m'offrira pas son livre pour noël.
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D
Excellent choix pour changer de milieu ! Le "grand" livre de Cabre est "confiteor", que je n'ai pas peur de comparer, pour la densité et le talent évocateur, à "cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Marques. Je pense d'ailleurs le relire, comme j'ai relu "cent ans de solitude", vu la complexité de l'ouvrage. Et puis, il aime JS Bach. Dans une de ses nouvelles, il évoque sa musique sans le nommer, et au bout de quelques paragraphes, on devine en effet qu'il parle de Bach, tellement il en parle avec intelligence.
Y
Je compte lire Jaume Cabre dès que j’aurais terminé "Yoga", qui ne me passionne pas vraiment. Les jurés du Goncourt l’ont d’ailleurs éjecté de la compétition.
D
Je dirais plutôt que la tendance actuelle serait celle que les journalistes et autres "intellectuels" aiment. Heureusement il y a d'autres auteurs plus imaginatifs, créatifs et qui ne tiennent pas compte de leur nombril ! Carole Martinez en est un très bel exemple, et je ne parle pas du merveilleux Jaume Cabre, écrivain catalan aussi doué pour les nouvelles que pour les romans.
Y
Il parle un peu de l’affaire Romans, et beaucoup de lui. En fin de compte, c’est un homme assez peu intéressant. C’est la tendance actuelle, chacun croit être le centre du monde.