De la vanité présidentielle

Publié le par Yves-André Samère

Bien que la Côte d’Ivoire ne soit sans doute pas au premier rang de vos préoccupations, vous avez peut-être appris par les journaux que ce pays vient d’élire son président. En fait, il l’a réélu, car Alassane Ouattara, c’est son nom, avait déjà fait deux mandats, or la Constitution locale lui interdisait d’en faire un troisième ! En somme, Ouattara, qui s’est assis sur la Constitution en prétextant que le pays était au bord du gouffre et que lui seul était capable de redresser la situation, s’est pris pour Franklin Roosevelt, qui a été trois fois président des États-Unis, ce que ses concitoyens ont très bien pris, car le pays était alors en guerre (la Deuxième mondiale), et il avait plutôt bien redressé auparavant la situation économique.

Ouattara, en novembre 1990, avait été appelé par le premier président du pays, Félix Houphouët-Boigny, qui en avait fait son Premier ministre, alors que la Côte d’Ivoire n’avait jamais eu de Premier ministre. Mais il fallait sauver les meubles, or Ouattara était une huile au FMI, donc supposé capable. Et lorsque Houphouët est mort, Ouattara lui a succédé comme président, en dépit du fait que les mécontents répandaient le bruit qu’il n’était pas ivoirien, car né à l’étranger. Passons.

Comme tous les présidents africains, Ouattara a un péché mignon : il est vaniteux et ne supporte pas la contradiction. J’ignore s’il a beaucoup pratiqué l’assassinat politique (Houphouët le faisait), et le fait qu’on veuille se présenter en concurrent pour l’élection présidentielle le rend hargneux. Remède : truquer les élections, évidemment, et il ne s’en est pas privé. Mais la vanité du vieil Houphouët (le peuple le surnommait « le Vieux », et même la télé l’appelait ainsi) se doublait d’un autre attribut : il était catholique à l’excès, et, sur ses vieux jours, il s’était mis en tête d’offrir à son peuple une basilique géante, édifiée à Yamoussoukro, qui fut son village natal et dont une poignée de courtisans avaient fait la capitale du pays, alors que ce gros village n’avait même pas un aéroport digne de ce nom.

Ladite basilique a bien été construite à Yamoussoukro, mais la vanité houphouëtienne dont je parlais plus haut s’est manifestée par deux traits. Premier trait, Houphouët a exigé de l’architecte libanais, non seulement qu’elle copie grossièrement Saint-Pierre de Rome, mais qu’elle soit un peu plus haute. Second trait, il a exprimé le désir que le pape en personne vienne l’inaugurer !

Mais vous vous souvenez de Jean-Paul II, il était au moins aussi vaniteux que le président ivoirien, et ces deux exigences ont été jugées offensantes par le prétendu successeur de « saint » Pierre, qui n’a jamais été évêque de Rome, contrairement à ce que croient les catholiques, et il l’a fait savoir, en conditionnant son déplacement à Yamoussoukro à la réduction de la hauteur de l’édifice. Et, en ce qui concerne le second point, il a dédaigné de passer la nuit sur place, dans le palais qu’Houphouët avait fait construire pour lui près de la basilique, où ne manquait pourtant pas une salle de bains de grand luxe, qui abritait une baignoire... à deux places ! (Les journaux français en ont publié la photo)

Aujourd’hui, la basilique est visitée par les rares touristes qui se rendent à Yamoussoukro, et elle finira bien par tomber en ruines, puisqu’elle ne sert à rien.

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