Prodiges 2020, la finale

Publié le par Yves-André Samère

Comme annoncé hier, j’ai regardé la finale de Prodiges hier soir. Signalons que France 2 a commencé sa diffusion avec un quart d’heure de retard, et que l’émission, gonflée artificiellement avec des ajouts saugrenus d’invités inutiles comme cette prétendue vedette d’Hollywood ayant lancé deux fois les Jeux Olympiques (ce que je ne pouvais pas savoir, puisque je me fiche des émissions de sport), le tout s’est terminé à minuit moins vingt. Outre cela, les numéros des candidats à la récompense finale ont été diffusés deux fois, histoire de prolonger la sauce. Les malheureux jeunes et les téléspectateurs n’avaient pas mérité ça.

Restaient donc neuf candidats entre neuf et seize ans, sur les quinze présents à l’origine, curieux choix consistant donc à en éliminer six. Mais tous étaient bons, ce qui compensait un peu la nullité de la présentatrice, qui était très loin de valoir celle qui officiait quelques années plus tôt, la très talentueuse Marianne James, bonne chanteuse, bonne comédienne, et très spirituelle puisqu’elle était aussi l’auteur de ses textes. Quant aux trois membres du jury, ils avaient mission de dire du bien de tout le monde, et se sont acquittés de leur tâche avec toute la platitude requise.

Résumons, en remarquant que la plupart des candidats avaient aussi bien appris leur leçon, qu’ils ont récitée comme le font les sportifs, ce qui consiste à dire qu’ils ont bien l’intention de « tout donner », un refrain que nous connaissons par cœur depuis des décennies, et jusqu’à l’écœurement.

Stella a ouvert le feu, avec la Deuxième Rhapsodie hongroise de Liszt, absurdement raccourcie à deux minutes et quarante-trois secondes, alors qu’elle dure plus de neuf minutes et demie (la rhapsodie, pas Stella) en version intégrale. Mais la jeune fille l’a très bien jouée et ne pouvait pas faire ce qu’elle voulait, donc on peut passer l’éponge.

Lui a succédé le violoniste Raphaël, treize ans, qui a merveilleusement interprété le thème de John Williams pour La liste de Schindler. Habituellement, je n’aime guère le violon et lui préfère le piano, mais là, ce garçon de treize ans a été magistral, et je l’aurais placé en tête de tous les participants, mais...

Son frère aîné Liam a pris la suite pour jouer au piano La danse des chevaliers, de Prokofiev, morceau rebattu, et qui a été applaudi trop tôt, donc à contretemps, mais Prokofiev est un grand maître, et ce thème a toujours un grand succès. Prié de désigner son candidat préféré, Capuçon a choisi Liam, alors que son jeune frère Raphaël aurait été mon choix.

Non candidate mais seulement invitée, Chloé, qui avait participé et gagné en 2008, a dansé sur Bach, l’Air sur la corde de sol. Très bien, mais cet ajout superflu sentait le bonus destiné à prolonger la soirée.

Le très jeune Armand, chanteur, avait choisi d’interpréter Panis angelicus, de César Franck. Pour ce qui est d’Armand, douze ans, c’est un merveilleux chanteur, et il est à la fois très drôle et modeste. Il est parti pour faire une belle carrière, et dans le jury, la chanteuse Julie Fuchs en a versé une larme et a espéré l’entendre encore. Elle avait d’ailleurs souhaité, lors de la demi-finale, le prendre comme figurant dans la troupe de La flûte enchantée, qu’elle doit jouer bientôt ! Attendons la réalisation de ce souhait...

Vint ensuite Isabelle, extraordinaire chanteuse de seize ans, à la voix parfaite, et qui a choisi la rengaine Somewhere over the rainbow, qui avait fait le succès de Judy Garland. Naturellement, le public l’a acclamée debout.

Pour clore la séquence des chanteurs, Auguste s’est attaqué à l’Air du Toréador, extrait de l’opéra Carmen de Bizet. Il a une voix d’adulte, et a fait un triomphe. Mais Isabelle a été choisie.

Enfin arriva la séquence des danseurs, qu’ouvrait Pénélope, venue de la Scala de Milan, qu’elle a dû quitter pour cause de maladie et qui a subi une opération l’ayant remise sur pied. Bonne danseuse, elle a dansé une Rhapsodie sur un thème de Paganini, de Prokofiev, thème très connu.

Lui succédant, Paul, merveilleux danseur de seize ans, a dansé sur le Deuxième mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Paul est un futur Noureev, à mon avis.

Restait Juliette, danseuse de treize ans, qui a (aussi) dansé sur le Casse-Noisette de Tchaïkovsky, décidément très recherché. Autre invité, Paul Ji, ancien candidat l’année dernière, et qui avait gagné avec La Campanella. Mais l’autre Paul a été choisi.

Après cela, récapitulation inutile, avec la totalité des participants qui reviennent avec une nouvelle exhibition de leur prestation du jour. Des trois qui restaient, il ne fallait en garder qu’un, et ce fut Isabelle, grande triomphatrice de l’année. Amen.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 09/12/2020 21:47

Ayant vécu toute mon enfance et mon adolescence dans le milieu de la danse classique, je déteste les enfants "prodiges". J'ai tellement vu des mères poussant leur fille à être danseuse classique pour vivre à travers elles leur ambition refoulée... comme celle qui lui faisait faire de l'équitation, du patin à glace et de la danse, n'est-ce pas on ne sait jamais elle sera douée pour un truc. Bref. Alors, depuis, je sais tellement ce qui est derrière ces enfants, que j'ai pitié d'eux. S'ils sont doués, qu'ils suivent le cursus habituel, ils se réaliseront quand ils auront l'âge d'assumer ce qui leur arrive. Pas à cause de leurs parents, mais grâce à eux-mêmes véritablement.
Lisez "confiteor" de Jaume Cabre (Actes Sud). Première phrase du livre : "j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable". Ce grand roman est lié à ce dont nous parlons.

Yves-André Samère 10/12/2020 18:17

On ne peut pas prendre en horreur les enfants doués, ils n’ont pas choisi d’aimer ce qui les distingue des autres. Les parents n’y sont pour rien, le plus souvent, et eux mêmes, pas davantage. En réalité, ces enfants doués, même si on les juge parfois agaçants, ils ont pourtant donné Beethoven, Léonard de Vinci, Victor Hugo et tant d’autres, qui n’ont fait de mal à personne et ont créé du bonheur pour autrui. Quant à juger telle ou telle famille "une erreur impardonnable", ne pas oublier que, souvent, tout cela a lieu malgré elles. Peut-on croire que la famille de Rimbaud a provoqué ce qu’a fait son rejeton ?

Yves-André Samère 10/12/2020 18:12

"Pour Jaume Cabre, il faut dire que sa famille était assez... spéciale et pas forcément sympathique. L’histoire repose sur un violon". Quel dommage qu’elle ne repose pas sur un piano ! Je vous signale que mon cher Alexandre Malofeev était déjà très connu à dix ans, et qu’aujourd’hui, à dix-neuf ans, c’est une vedette mondiale. À la fin de ses concerts, les musiciens de l’orchestre l’applaudissent, et le chef le serre dans ses bras ! C’est unique.

DOMINIQUE 10/12/2020 09:29

Bien sûr, souvent ceux qui nous ont donné les plus belles choses avaient cela en eux, profondément. Je ne le nie pas. Mais un enfant est un enfant, l'adolescence peut le changer profondément, et d'enfant doué il peut prendre une autre voie. Rimbaud n'a pas évolué comme on aurait pu l'imaginer, par exemple, sans occulter son génie pour autant. Il faut donc d'autant plus non pas détester les enfants doués, mais attendre leur épanouissement de jeune adulte. Car il y a aussi des "singes savants", construits sur la virtuosité. Les parents ont un rôle, leur rôle de parents protecteurs. Mais je le répète j'ai vu tellement de mères obsédées par la réussite de leur fille, pour accomplir un rêve qu'elles n'ont pu accomplir. Sur les dizaines de jeunes filles que j'ai côtoyées, une seule a émergé et a fait une jolie carrière (en Allemagne), car elle était vraiment habitée : piano et danse classique.
Pour Jaume Cabre, il faut dire que sa famille était assez... spéciale et pas forcément sympathique. L'histoire repose sur un violon.