« Qualis artifex pereo ! »

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, le numéro de Secrets d’Histoire programmé sur France 3 a été le pire jamais diffusé dans ce créneau. Parce que les historiens qui avaient écrit le texte récité par Stéphane Bern ont dévidé un chapelet d’inexactitudes et d’approximations qui ôtaient sa crédibilité à tout le reste. Citons-en quelques-unes, et Bern aurait dû se renseigner, il y a de meilleurs historiens que Tacite, Suétone et Dion Cassius – ce dernier, né près d’un siècle après la mort de Néron...

D’abord, le titre : Néron, le tyran de Rome. Pour les Romains, Néron n’a jamais été considéré comme un « tyran » ! Il était très aimé de la population, ne s’est lancé dans aucune guerre (phénomène unique chez les chefs d’État), était généreux, adorait le théâtre et le chant, et, surtout, le Sénat, composé uniquement d’aristocrates, le haïssait pour son comportement trop bienveillant envers la classe des gens du peuple. Et puis, on le fait incarner par un très beau jeune homme, David Vlajkovski, lequel ne ressemble pas du tout au personnage (allez voir les quelques représentations de Néron au Musée du Louvre, Département des antiquités romaines, étrusques et grecques. Vous serez édifiés !).

Ensuite, la confusion des époques : vers la fin du téléfilm, on affirme que le peuple l’a pris en grippe pour avoir fait reconstruire son palais, la Maison Dorée, sur les terrains rendus libres par l’incendie gigantesque de la ville. C’est douteux. Il est vrai que la Maison Dorée avait servi de refuge aux sans-abri chassés de chez eux par l’incendie de leur maison, mais on peine à croire que le peuple lui en ait voulu après cela.

Comment expliquer que, lors de la syncope de Britannicus qui vit le jeune garçon s’écrouler à terre et se tordre de douleur avant de trépasser, Néron le regarde en souriant, comme au spectacle ? Il ne détestait pas le jeune homme et n’avait aucune mauvaise intention à son égard. Dans sa tragédie, Racine a tout inventé, jusqu’à prêter une histoire d’amour et de sexe à Britannicus, qui avait en réalité treize ans. Par ailleurs, Britannicus n’a pas pu être empoisonné par Néron, aucun poison de l’époque n’aurait causé les symptômes alors constatés, Néron, en outre, n’étant pas stupide au point de le faire mourir en public ! Autre erreur, on a inversé la chronologie, en faisant mourir Britannicus APRÈS l’accession de Néron au titre d’empereur. Il s’agissait évidemment de lui coller sur le dos l’assassinat de son demi-frère adoptif. En réalité, on penche plutôt pour une rupture d’anévrisme chez le garçon, qui était épileptique.

Les démêlés de Néron avec sa mère Agrippine sont bâclés : on ne dit rien du fait que, pour mieux le dominer, elle l’avait mis dans son lit ! Et que le bateau sur lequel elle se trouvait était truqué, afin de se briser et de la noyer. Or Agrippine, très bonne nageuse, avait réussi à gagner la côte et à sauver sa vie.

Les auteurs de ce téléfilm auraient été mieux inspirés de se documenter après du meilleur auteur possible de la vie à cette époque, Georges Roux, qui a publié une biographie très complète et parfaitement honnête de Néron. On trouve toujours ce livre chez Amazon, et pour un prix modique. Inutile de s’en priver.

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