Napo et son prétendu « destin »

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, et bien que je déteste Bonape (allusion au roman policier La bande à Bonape, d’Henri Viard, qui décrit les aventures d’un truand proche de la mafia dans ses mœurs), j’ai voulu regarder sur Arte l’émission Napoléon, la destinée et la mort. Déjà, le titre annonçait la couleur : on n’allait cesser de nous balancer dans les oreilles cette ineptie du « destin », lubie à laquelle ne croient que les naïfs.

Et ça n’a pas arrêté, aucun des perroquets ayant pris la parole au cours de cette émission n’a raté l’occasion de placer dans son discours cette sombre imbécillité, à laquelle je m’attendais. Le mot destin a dû être cité une bonne quarantaine de fois dans leurs commentaires.

Néanmoins, et comme pour compenser, certaines anecdotes rarement évoquées ont eu leur place, notamment celles concernant les nombreux tableaux censés illustrer la vie mouvementée du Corse, dont je connaissais quelques-unes, quoique pas toutes.

En voici donc quelques-unes, que l’on « oublie » systématiquement.

Le tableau du passage du Pont d’Arcole : je savais que cette peinture d’Antoine Jean Gros était un mensonge éhonté. Bonape n’a jamais réussi à passer ce pont, et il est piteusement tombé dans le fleuve qui coulait au-dessous. Bien entendu, ce détail n’a été ni reproduit ni mentionné. Cette équipée fut un désastre, mais le tableau, peint comme tous les autres sur les instructions du « héros », n’a rien retenu de ce plongeon.

Le couronnement à Notre-Dame : il a été abondamment préparé par son principal bénéficiaire, et on a quasiment reconstruit l’intérieur de Notre-Dame, avec son estrade surélevée, et des drapeaux partout. Quant à la présence de Madame Mère, chacun sait qu’elle n’assista pas à la cérémonie, car elle était en Italie (elle détestait Joséphine !).

Le tableau représentant Bonape franchissant sur un cheval fougueux le Grand-Saint-Bernard est un bobard total. Le prétendu empereur l’a franchi à dos de mulet, ce qui était un peu moins glorieux !

Un indice de la grandeur d’âme du tyran : devant le Palais de Schönbrunn, un jeune homme de dix-sept ans et demi avait projeté de poignarder Napo, mais il échoua. Sa victime feignit de vouloir l’épargner, mais le jeune homme, qui se nommait Friedrich Staps, ayant raté son coup, demanda qu’on ne l’épargne pas. Le grand homme le fit exécuter. Lire ICI. Faire mettre à mort un garçon de dix-sept ans qui n’avait tué personne, c’est plus qu’honorable, pas vrai ?

Le duc d’Enghien, parent de l’ancienne famille royale, avait émigré en Allemagne, et ne complotait pas. Mais le dictateur envoya... mille hommes pour le faire enlever et le ramener en France. Par cela, il précéda De Gaulle, qui fit aussi enlever le colonel Argoud, lequel avait comploté contre Mongénéral dans le cadre de l’affaire algérienne. Mais les journaux l’apprirent, publièrent l’histoire, et il devint impossible d’exécuter Argoud, d’autant moins que l’Allemagne rua dans les brancards ! Pour en revenir au duc d’Enghien, les sbires du Corse ramenèrent à Vincennes le malheureux duc, on improvisa en hâte un procès bidon sans même attribuer un avocat à l’accusé, qui fut condamné à mort en pleine nuit et immédiatement exécuté. Ce fut donc un assassinat pur et simple. Je note qu’Argoud fut épargné, car De Gaulle avait vainement tenté de faire condamner à mort le général Salan, que le Haut Tribunal Militaire, spécialement créé à cet effet, refusa de condamner. De rage, De Gaulle prononça aussitôt la dissolution de ce même tribunal, qui avait failli à sa « mission » vengeresse, Argoud fut simplement envoyé en prison, et fut amnistié cinq ans plus tard. Il est devenu graphologue !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Oui, il y a eu aussi un documentaire sur Arte qui décortiquait toutes les images qu'a voulu imposer Napoléon, dont cette histoire de mulet pour traverser les Alpes, etc. et aussi le fait de porter le bicorne de travers et non pas de face, le manteau gris, qui évidemment le faisaient reconnaître d'emblée. Il avait compris que l'image était primordiale pour asseoir la renommée d'un homme au physique assez banal.
Répondre
Y
Tout ça est exact. En somme, il a été le précuseur de Séguéla, à cela près qu’il n’avait pas de Rolex !