Henri III était-il homosexuel ?

Publié le par Yves-André Samère

L’une des théories les plus souvent évoquées ici ou là, c’est qu’Henri III fut l’unique roi de France homosexuel. Des trois fils de Catherine de Médicis, tous devenus rois de France, c’est le seul qui a hérité de cette réputation, très probablement fausse.

En vérité, si l’attrait pour le corps masculin a existé, c’est plutôt Louis XIII qu’il aurait fallu en créditer (et aussi Napoléon Bonaparte, dans sa jeunesse, mais on y reviendra). Henri III, lui, est surtout remarquable par ce seul exploit : c’est le seul héritier de la couronne de France qui a d’abord régné sur la Pologne, à partir de son élection en mai 1673, puis en a démissionné en prenant la fuite, puisqu’il a détesté ce pays !

Henri III fut le dernier roi de la dynastie de Valois, car son successeur, Henri de Bourbon, roi de Navarre, plus tard connu sous le nom d’Henri IV, venait d’une autre famille. Mais homosexuel, sûrement pas, car il n’a dû ce qualificatif qu’à son apparence efféminée et à ses relations étroites avec ses amis, ses « favoris », surnommés « les mignons », terme qui n’avait pas alors le sens péjoratif qu’il a aujourd’hui, puisqu’il signifiait à cette époque « les préférés ». Et son surnom ne vient que de la rumeur qui a en effet couru sur lui, répandue par ses ennemis politiques, qui abondaient.

Henri III, âgé de 23 ans, a succédé à son frère Charles IX, mort sans héritier légitime. Or il était déjà installé dans sa réputation de coureur de jupons, bien qu’ayant refusé d’épouser Anna Jagellon, la fille de l’ancien roi Sigismond le Vieux : il la trouvait « trop vieille et trop laide » ! Mais il ne manquait pas de conquêtes féminines, au point d’avoir connu de nombreux problèmes de santé, ce qui est attesté en 1582 par un ambassadeur vénitien : « Le roi a aussi eu quelques maladies pour avoir fréquenté dans sa jeunesse trop familièrement les femmes ». Mais lesdites n’eurent jamais le titre de maîtresse officielle, comme ce fut le cas avec son père Henri II ou son frère Charles IX.

Or on peut citer quelques noms : Renée de Rieux, Louise de La Béraudière, et Madame d’Estrées, la mère de Gabrielle d’Estrées (dont héritera Henri IV). Et lors de son retour en France depuis la Pologne, il séduisit l’aristocrate vénitienne Veronica Franco, réputée pour sa beauté, puis, en 1575, il épousa Louise de Lorraine – union qui, contrairement à la tradition, ne fut pas inspirée par des raisons politiques, puisque ce fut un mariage d’amour.

Mieux : Henri III resta discret, mais en dehors de la Cour pour ne porter préjudice ni à sa femme ni à sa mère Catherine de Médicis. Hélas, il eut cette malchance de ne laisser aucun héritier lors de sa mort, en 1589.

Et surtout, ses manières d’être juraient avec les habitudes royales passées (et à venir) : il détestait la violence, notamment la chasse et la guerre, donc, pour l’époque, c’était un manque de virilité. Réputation qu’il renforça en veillant à son hygiène, toujours lavé et parfumé, contrairement à son futur successeur, habitude qu’il imposa à son entourage – ce qui faisait jaser. Quelle différence avec, plus tard, Louis XIV !

Mais, politiquement, il était mal tombé : les guerres de religion culminèrent pendant son règne de quinze ans, et la Ligue, le parti catholique, avec le duc de Guise à sa tête, ne voyait en lui que l’homme qui favoriserait plus tard le protestant Henri de Navarre, futur Henri IV. Certes, il réussit à se débarrasser de cet ennemi en le faisant assassiner en décembre 1588, mais lui-même périt ainsi, par la main du moine Jacques Clément.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

FiFi 10/07/2021 13:24

Napoléon dans les jours prochains, comme promis ?

Yves-André Samère 10/07/2021 16:10

Promis-juré. Ce texte va en surprendre quelques-uns !